Laos: Famille, I love you…

Sabaidi. Bonjour and hello,

Désolé d’avoir gardé le silence pendant cette période de 100 jours depuis le décès de mon père: c’était ma manière de lui rendre hommage et lui témoigner ma gratitude, mon respect et mon amour. I’m so sorry to  be away for such a long time: 100 days since my Dad has passed away. That’s  my way to pay a tribute to him, to thank him and to express my love for him.

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La grande famille accompagnant notre père à sa dernière demeure

Dire qu’on aime sa famille relève presque d’un exploit tant l’individualisme et le moi-je règnent en maîtres absolus et que la mode nous impose de penser que les parents ne sont bons qu’à élever des enfants, leurs enfants ! Ecrire qu’on adore sa famille, qu’on lui doit tout, qu’elle représente son passé, son présent et son avenir revient tout simplement à reconnaître qu’on est hors du coup, arriéré, dépassé par les événements et son époque. Un has been quoi !

Mais moi, je n’ai pas honte de clamer mon inaltérable amour pour ma famille, celle biologique, de sang, tout comme celle construite par amitié, par respect, par acceptation mutuelle. Je suis même très fier de l’écrire, de crier à la face du monde que j’aime à la folie ma famille. Que j’éprouve une affection irrépréhensible pour mes parents, mes frères et sœurs, de sang ou par amitié, mes cousines et mes cousins, mes nièces et mes neveux, mes oncles et mes tantes. J’aime ma famille, j’aime mon épouse et mes enfants… Je les aime de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon amour !

 Je peux paraître ringard, retardé, mais j’assume complètement cet amour si spécial, si particulier pour toutes les personnes de ma grande famille ! Et elles sont sacrées pour moi et je les défendrai toujours parce qu’elles sont de ma famille.

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Dernier au revoir d’une partie de notre famille à papa

Oui, j’adore ma famille. Et je sais que les baffes en plein visage administrées par mon père et instituteur devant toute ma classe étaient une leçon de vie inestimable mais aussi une preuve d’un immense amour. Evidemment que je méritais cette punition, et avec le recul, je dois même reconnaître que j’étais vraiment coupable d’avoir mis papa dans cette posture délicate. Non seulement j’avais enfreint le règlement familial –je devais toujours aller à l’école sur le porte-bagages de son vélo- mais j’avais également participé à une guerre. Oui, une bataille rangée contre… un essaim d’abeilles.

 Ah le bonheur simple d’assister à la remontée –comme un élastique- des abeilles touchées par nos pierres. Encore et encore jusqu’à ce que tout l’essaim, y compris la reine, se détachait de sa branche-porteuse. Alors, elle avait donné l’ordre de la contre-attaque. Et mon armée de petits copains était en débandade, piqués de partout et plus particulièrement au visage. Résultat : plus de la moitié de la classe avait le visage gonflé, tuméfié, méconnaissable ! Même si nous avions pris soin de brûler l’essaim et soigner nos blessures avec les larves d’abeille. Pendant des années, je vivais avec la hantise d’avoir des touffes de cheveux blancs aux endroits piqués par les abeilles. Heureusement, les prédictions des anciens se sont révélées inappropriées et il s’agissait avant tout d’une leçon de vie à retirer de l’aventure.

Mon fils cadet et une partie des enfants, petits-enfants, neveux et parents en bonzillons pour accompagner Papa à sa dernière demeure

Mon fils cadet et une partie des enfants, petits-enfants, neveux et parents en bonzillons pour accompagner Papa à sa dernière demeure

 Il en allait de même quand maman m’avait pincé à la cuisse lorsqu’elle avait découvert un billet de 50 kips –une fortune à l’époque- dans ma poche. Je l’avais volé dans la cachette secrète familiale… Depuis et aussi loin que je m’en souvienne, je n’ai plus jamais commis de tel larcin !

Oui, j’aime ma famille, le dire, l’écrire ne représente qu’une infime partie de mon immense amour pour cette organisation d’une modernité toujours étonnante. Et je me souviens encore comme si c’était hier les larmes d’une joie intense coulées sur mon visage et ceux de mes parents lors de mon premier retour au pays en 1995. Voir papa, maman, mes frères et sœurs rayonnants de vie, éclatants de bonheur, voir les gens de mon village si heureux de me revoir, si fiers aussi de me toucher, d’assister à mon Baci ou de partager un verre avec moi m’avait alors fait comprendre l’importance fondamentale de la famille dans ma vie.

Bien évidemment, j’étais complètement à la dérive quand je m’étais retrouvé coincé sur la terre de France après les changements politiques dans mon pays en 1975. Je ne me voyais pas du tout vivre –ou même survivre- sans famille. L’épreuve autant psychologique que matérielle (sans bourse, terminer les études) m’avait été imposée par des puissances invisibles pour savoir si j’étais prêt à démarrer la fondation de ma propre famille… Avec femme et enfants !

L'auteur entouré d'une partie de filles, petites-filles, nièces et parentes qui se sont faites nonnes pour le dernier voyage de Papa

L’auteur entouré d’une partie de filles, petites-filles, nièces et parentes qui se sont faites nonnes pour le dernier voyage de Papa

C’est dans cette période douloureuse sur le plan psychologique et très pénible matériellement que s’était constituée ma seconde famille, celle de l’amitié vraie, sincère et fière (cf : Eloges de l’amitié). Au même moment, l’appel de l’amour et de la famille me conduisait sur le chemin du mariage dans les pures traditions laotiennes, même si le vin, le whisky, le champagne et le cognac avaient remplacé l’alcool de riz dans ses diverses déclinaisons.

Ah le bonheur simple de se retrouver, entourés d’amis, de parents proches et lointains, autour du Baci de noces, à recevoir les vœux de bonheur et de prospérité en même temps que les cordelettes de coton rituelles. Me voilà mari et un peu plus tard père et chef de famille. Que de responsabilités et de devoirs nouveaux ! Que de joies et de bonheur aussi… qui me font aimer davantage encore, jour après jour, ma famille.

La solidarité et le soutien sans faille de notre grande famille, du Laos au Canada en passant par la France, les Etats-Unis et la Thaïlande, m’a aidé à surmonter dans la tristesse et la douleur certes la disparition de notre père, en août 2013, à l’âge de 87 ans, mais dans une parfaite sérénité et une harmonie rare. Solidaire et aimant, chacun des membres de notre grande famille a contribué à faire de ce deuil un témoignage d’une grande fraternité et d’amour que seule la famille, source de vie et à l’origine de l’Humanité, puisse encore provoquer de nos jours. Un millier de personnes ont envoyé des dons et plus de mille personnes ont assisté aux obsèques de Papa en bravant la pluie, les inondations et la boue…

 « Tout est impermanence, tout est souffrance !» Et Bouddha aurait pu ajouter que seule la famille soit à même en position d’atténuer, un tant soit peu, le chaos de l’existence afin de lui apporter un brin de réconfort et de paix intérieure.

Avec notre maman et notre oncle

Avec notre maman et notre oncle

 Les liens invisibles qui relient les membres d’une communauté de destin ou de culture se révèlent encore plus puissants et plus prégnants lorsque des membres de cette famille au sens le plus large se retrouvent loin de sa terre natale. Chacun sent alors confusément qu’il a besoin de l’autre pour exister et pour s’épanouir. Et tous se reconnaissent dans les simples faits et gestes de sa communauté, de sa famille.

 Les paroles de ce chant, sur le rythme du Siphandone, région du Sud Laos, décrivant la joie, le bonheur, la complicité des Laotiens vivant aux Etats-Unis lors d’une rencontre avec un compatriote venu de leur terre natale illustrent à merveille les liens invisibles mais inaltérables qui relient éternellement les membres d’une même famille…

 I do love you with all my heart, famille!

Extraits des paroles de la chanson:

“… Je si heureux d’être aux USA avec des compatriotes lao

Qui ont certes la nationalité américaine,

Mais qui n’ont rien oublié de  leurs pratiques culturelles

En participant aux fêtes, aux échanges cultuels

Et en restant Bouddhiques au quotidien

« … Dès qu’ils me voient, ils me demandent des nouvelles

Les plus jeunes disent même Sabaidi Khanoi

Avec tendresse et infiniment de respect

Et des doy khanor

Les femmes portent des sinh et des échappes en soie

En parlant Lao avec un brin de nostalgie pour la plupart… »

http://www.youtube.com/watch?v=Sn9dyoTSpsI&list=HL1385566548

 

A propos laosmonamour

ເກີດຢຸ່ບ້ານມ່ວງສູມ ເມືອງທ່າແຂກ ແຂວງຄໍາມ່ວນ ໄດ້ປະລີນຍາ ຕຣີແລະໂທ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Robert-Schumann (Strasbourg) ແລະ ປະລີນຍາເອກ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Paris-Sorbonne, Paris IV Travaille à l'AFP Paris après une licence et une maîtrise à l'école de journalisme de Strasbourg (CUEJ - Robert-Schumann) et un doctorat au CELSA (Paris-Sorbonne)
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2 commentaires pour Laos: Famille, I love you…

  1. laluuk dit :

    J’aime ce parti pris affirmé sur l’amour pour sa famille. Ce n’est pas seulement une parole, mais une réalité perceptible qui s’actualise dans l’agir et les attitudes. C’est la belle audace de celui qui a pris la mesure de ce qui lui avait été donné dans son milieu d’origine; c’est la vérité de celui qui sait le manque ressenti dans l’éloignement des êtres chers et de cette communauté où l’on a su se construire et penser son devenir avec confiance.

    Tout cela se reflète dans la ligne directrice adoptée pour guider toute votre vie actuelle. Notre réponse à la vie, outre notre tempérament, est toujours partiellement fille de cette famille dont nous sommes issus. On devine, chez vous, l’empreinte très forte et positive qu’elle laisse dans son sillage et la place qu’elle conserve dans vos jours présents, par les familles d’amour et d’amitié que vous avez su créer à votre tour….en plus de nous parler de la noblesse de caractère de l’auteur de cet écrit!
    Khob tchay lay lay. Ne craignez rien…vous n’êtes pas « has been » ou « hors du coup ». Une telle parole reste toujours révolutionnaire et porteuse d’espérance….

    • laosmonamour dit :

      Merci de votre suivi. Il est vrai que la famille se trouve à l’origine de toute vie, humaine, animale ou même végétale. Et c’est tellement beau -quoique parfois difficile – de voir cohabiter trois générations sous le même toit, surtout à Paris et en Europe. C’est une quasi révolution pour les sociétés modernes où règnent le moi-je et l’hyper individualisme…

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