Laos. Eloges de l’Amitié (2) (avec les réactions des amis du Lycéé Vientiane et de nouvelles photos)

Un choc énorme ! Des émotions terribles. Un éclair suivi d’un bruit épouvantable…

Mon premier oiseau protecteur fabriqué dans un café parisien par mon amie québecoise

Le Ciel me serait-il tombé sur la tête, moi Gaulois d’adoption ?

Etrangement, je n’avais rien. Je ne ressentais aucune douleur ni la moindre gêne. Je débloquais la ceinture de sécurité et sortais le plus normalement du monde de ce qui était encore mon véhicule, du moins dans sa partie avant. Comme si je venais de me garer. Tout simplement…

Pourtant, je venais d’avoir mon premier accident de circulation en 26 ans de conduite. Et il était d’une extrême gravité…

Soupe de poulet à la Hunan dans un restaurant gastronomique chinois, invité par mon petit-frère Eric

Rapidement pris en charge par des gendarmes, venus en voisins, des pompiers s’inquiétant, encore et encore, auprès de moi pour savoir si je n’avais pas mal quelque part à ma petite personne. Les policiers, à la fois compétents et d’une grande simplicité, me protégeaient, me prenaient dans leur bulle de sécurité, parvenant à me rassurer, à me redonner presque une certaine sérénité, ce qui relevait d’une performance d’envergure étant donné le grand choc psychologique.

Parce que j’avais été blessé dans mon psychisme. Parce que j’avais été meurtri dans mon âme d’Asiatique et de Bouddhiste. L’harmonie, construite si délicatement jour après jour, année après année, événement après événement, s’était rompue. Brutalement !

Origamis créés avec passion, amour et beaucoup de talent par mon amie québecoise

Chaîne d’amitié

Heureusement qu’une chaîne d’amitié extraordinaire s’était tissée dès l’instant même de cet accident. Des premiers pompiers sur place à celui qui m’avait ausculté dans le véhicule de commandement, de l’agent de police s’enquérant de ma santé, à celle qui me faisait souffler dans un alcooltest avant de m’accompagner à un hôpital pour une prise de sang réglementaire en compagnie d’un collègue, chauffeur et responsable du binôme, jusqu’à l’officier judiciaire qui prenait ma déposition… Tous ont été d’une aide incommensurable. Tous ont été à la hauteur de leurs fonctions. Tous ont été de grands professionnels. Ils n’ont jamais ajouté à mon trouble émotionnel des attitudes déplacées ou des complications inutiles.

« Ils ne font que leur travail ! », me rétorqua avec un naturel désarmant un ami et collègue de travail.

Certes, mais j’avais apprécié comme un cadeau du Ciel ces contacts forcés avec les représentants de l’Etat, par trop souvent décriés. Oui, j’ai même la faiblesse d’avouer que certains sont devenus mes amis… sans le savoir !

Et que dire de l’amitié, de la sympathie, de la disponibilité de mes collègues et amis du travail. De mon chef hiérarchique  direct jusqu’aux jeunes CDD, tous ont fait preuve d’un grand tact, d’une grande sensibilité pour me protéger, pour me témoigner leur affection. Pour me montrer aussi leur amitié vraie.

Dork Khoune au bord du Mékong (septembre 2011)

Merci Manu pour tes paroles réconfortantes et surtout  les heures passées à travailler à ma place afin que je puisse terminer, tranquillement, les formalités administratives. Et Dieu sait –ne devrais-je pas écrire Bouddha à la place ?- qu’il y en a à remplir. Et dans la jungle insondable de la paperasserie administrative française, il faut s’armer de patience, d’humour, de persévérance et d’abnégation !

 « Trop mignons »

Et que dire du geste de Jérôme, revenu au travail après avoir fait l’ouverture au petit matin, avec du jus de fruit et une tarte –chocolat/poire- cuisinée avec amour par lui-même, à m’attendre jusqu’à 17h30 et ma prise de fonction pour me témoigner son amitié. Pour ne pas verser de larmes devant tout le monde, j’avais alors beaucoup mangé et bu (mais ce n’étaient que des boissons ferrugineuses, hic !).

Rouleau de printemps à la Gersoise, une création de la Chef Estelle, pour mes 60 ans!

Le travail aidant, j’avais presque oublié ces belles émotions lorsque Jérémy sortait, très naturellement, de son sac deux plaquettes de chocolat fin ramenées de chez l’artisan pâtissier d’en bas de chez lui, ainsi qu’une bonne bouteille de vieux Bordeaux. J’étais tellement ému que je pouvais à peine formuler des remerciements…

« Ils sont trop mignons tes collègues », remarqua mon épouse lorsque je lui avais conté ces gestes d’amitié au téléphone.

Dork Hak ou fleur de l’amour (Luang Phrabang, septembre 2011)

Merci aussi à Pierre qui, le premier, m’avait affirmé que je n’étais pas responsable de l’accident. Je le savais. Mais entendre un chef et collègue vous le dire est d’une telle importance, d’un si grand réconfort et le témoignage d’une énorme confiance alors que je traversais une période de doute existentielle.

Merci bien évidemment à Danièle, toujours aux aguets pour me venir en aide, à Gaël, Olivier, Alain, Pierre, Julie, Renaud, Baptiste, Fred, Jean, Daniel-le-Niçois, Mana et tous les autres… Votre amitié et votre sympathie ont été d’une grande aide, d’un grand réconfort. Et je prends comme un compliment et une preuve que j’ai retrouvé toutes mes facultés lorsque vous m’avez réclamé du… poulet-coco ! De LA, je me souviens encore de la voix emplie d’émotions de Benoît lorsque je lui avais relaté ma mésaventure. Adorable Diane qui m’a envoyé un message plein de sensibilité avec, en prime, deux mots écrits en Lao… Catherine-la-Strasbourgeoise était folle d’inquiétude mais n’osait pas trop me déranger. Merci les amis!

J’étais quand même perplexe de n’avoir pas trouvé plus de chaleur, ni vraiment d’expression d’une quelconque compassion de la part de mon petit frère Eric. J’étais presque déçu… avant de découvrir plus tard, lorsqu’il était allé participer à un Baci organisé en l’honneur d’une amie venue de Québec et en mon honneur –c’est dans la tradition lao et bouddhiste de rappeler les âmes errantes après un choc psychologique- qu’il avait été trop ému. Qu’il avait même peur de me perdre. Je voyais alors dans ses yeux toute l’affection que pouvait éprouver un petit frère en retrouvant un grand frère qu’il aurait pu perdre à jamais…

Un phakhouane ou Plateau de repas des âmes (Ban Moungsoum, septembre 2011)

Solidarité et affection

Je dois également souligner la grande solidarité, l’extraordinaire complicité de ma famille pour m’aider à oublier au plus vite ce malheureux épisode. Ma belle-sœur, qui n’avait plus conduit une voiture depuis près de trente ans, s’était portée volontaire pour nous amener à un monastère en banlieue parisienne afin que je puisse accomplir des actions de grâce. Heureusement que son mari avait réussi à annuler un rendez-vous d’affaire pour nous servir de chauffeur. J’étais rassuré et heureux d’être si bien entouré.

Au Baci, ma nièce et son mari, qui se sont transformés en super chefs pour fêter dignement mes 60 ans, ont montré une telle disponibilité et une telle sensibilité que ma belle-mère en était émue. Mes beaux-parents, mon épouse et mes trois fils -les deux officiels et celui adopté par consentement mutuel-  se sont, bien entendu, rivalisés en tendresse et en affection pour montrer combien ils étaient heureux que je sois sain et sauf. Que je fasse toujours partie de notre adorable famille. Un couple d’amis du Lycée Vientiane, presque deux membres de famille eux-aussi, représentait, avec talent et beaucoup de gaieté,  la fratrie de 1973 qui n’avait pas pu être présente.

Un mot de remerciement de mon amie québecoise écrit en Lao…

Quant à l’amie québécoise, venue spécialement à ma rencontre alors que nous sommes  devenus amis depuis plus de deux ans par mails et internet interposés, elle avait montré un courage extraordinaire, elle, si sensible, si émotive, si encline aux défaillances face à de  fortes émotions. Je ne sais pas si son cœur battait à plus de 100 à l’heure, mais elle parvenait à rester normale et à me suivre dans les rues de Paris au fur et à mesure que je lui relatais ma mésaventure. Le soir, rentrée à son hôtel, elle a posté un commentaire d’une grande sobriété pour exprimer à la fois son grand bonheur de me voir en chair et en os et sa reconnaissance envers la Vie.

Au Baci en l’honneur de l’amie québecoise et pour rappeler mes âmes dispersées par l’accident

« La vie qui aurait pu nous ravir un ami, mais nous fait la grâce de le garder vivant. La rencontre attendue qui a les accents espérés de simplicité, de vérité de l’être et de Joie », écrit-elle sur sa page Facebook.

Amoureuse du Laos, de sa culture et de ses ressortissants, elle a retrouvé une seconde vie à la découverte de notre communauté d’échanges linguistiques et culturels, puis auprès de celle vivant à Québec avec laquelle elle a fêté son premier Pimay lao. Habillée dans une tenue traditionnelle, elle est arrivée au Baci et au déjeuner familial organisés en son honneur avec plein de cadeaux pour toute la famille, et surtout pour moi. Et je ne compte plus les oiseaux en origami, fabriqués avec amour par elle-même, qu’elle m’avait offerts afin qu’ils m’apportent leur protection.

« Vouloir pour vous et les vôtres, tellement de protection et d’amour. Ce sont mots pour vous dire l’amitié si immense pour vous, mon désir de vous assurer la protection nécessaire en ces jours où vous avez échappé au pire… », a-t-elle encore écrit dans ses mails.

« L’amitié est ma sœur consolation », écrivit un grand homme d’Etat asiatique.

Pour moi, elle est ma seconde famille, ma raison d’exister et je ne saurais vivre sans l’amitié vraie, sincère et fière ! D’autant que les camarades du Lycée Vientiane 1973 se sont montrés comme les membres d’une même famille pour me témoigner leur amitié et leur amour. Une fois que le président-dsigné Sèng leur a envoyé le lien de cet article.

Magret de canard à la sauce d’ail blanchi et purée, concocté par la Chef Estelle et sa brigade pour mes 60 ans!

Boun et son épouse SokFen, présents au Baci et toujours d’une extrême tendresse, mais aussi Mala, Marie-Claire (« J’espère que tu en sortiras grandi de sagesse »), Mali, Tiane, Simone sans oublier, bien sûr, les « siao » Leuang et Koua, dont l’émotion trahissait leur assurance naturelle au téléphone, se sont rivalisés en paroles réconfortantes. Soumeth-le-Laotien qui a vendu du vin du Languedoc aux Chinois, de Bangkok le siège de ses affaires nombreuses et variées, s’est fendu d’un mystéreux: « Je considère cet accident comme une bonne nouvelle pour tous les amis et familles », en sous-entendant qu’il m’avait permis de me débarrasser de toutes les ondes négatives de la vie.  Et que je m’en suis tiré sans égratignure! Kou, l’ex Mister Jones, s’inquiétait, Vorarath-le-Globe-trotteur, transmettait ses amitiés de Vientiane,  où il était en mission. Khambay me contactait via Skype pour avoir des nouvelles, alors que Kiangmany a téléphoné de bon matin…

Trois gâteaux dont l’un est l’oeuvre de la Chef Estelle avec trois étages…

Mais la palme de l’amitié et de la solidarité revient à Jacques, bricoleur émérite, qui s’est coupé le pouce droit avec une scie électrique! Heureusement que l’os n’était pas touché. Quant à Julien, l’un des cinq témoins au mariage lao de ma nièce Vandara Estelle, il s’est fait aussi tamponner par une voiture alors qu’il circulait à moto. En dépit de plusieurs cabrioles, le futur papa est sain et sauf, et n’a perdu ni son sourire charmeur ni son sens aïgu de l’amitié vraie!

A propos laosmonamour

ເກີດຢຸ່ບ້ານມ່ວງສູມ ເມືອງທ່າແຂກ ແຂວງຄໍາມ່ວນ ໄດ້ປະລີນຍາ ຕຣີແລະໂທ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Robert-Schumann (Strasbourg) ແລະ ປະລີນຍາເອກ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Paris-Sorbonne, Paris IV Travaille à l'AFP Paris après une licence et une maîtrise à l'école de journalisme de Strasbourg (CUEJ - Robert-Schumann) et un doctorat au CELSA (Paris-Sorbonne)
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6 commentaires pour Laos. Eloges de l’Amitié (2) (avec les réactions des amis du Lycéé Vientiane et de nouvelles photos)

  1. lamluuk dit :

    Les mots de la Vie, de la Gratitude, de l’Amitié…une Parole lumineuse…Ai-je jamais vu quelqu’un qui ait plus le sens de l’Amitié que vous!!!! C’est une ode magnifique…

  2. Bobillon dit :

    Souli, remets toi bien de cette mésaventure car c’est toujours un traumatisme d’avoir eu un accident. D’ailleurs j’ai toujours quelques bribes de réaction à la vue d’une voiture arrivée du côté droit car en 1974 j’ai été passagère d’une voiture où un véhicule arrivant de la droite en plein centre de Lyon, à 80 km à l’heure et pliant mon siège à moitié, par chance je n’ai pas eu de traumatisme physique. Toutes mes meilleures pensées. Je t’embrasse.

    • laosmonamour dit :

      Merci Mala. J’ai écrit ce texte un peu aussi pour faire de l’auto-analyse. Je suis très bien entouré et aimé aussi: ça aide, même si le bruit des motos de grosse cylindrée roulant vite en ville me fait encore sursauter. Je t’embrasse aussi

  3. Louise Dallaire dit :

    Une vraie chaîne d’amitié forgée au fil des décennies de votre vie. Faire de nous des témoins privilégiés des instants, par l’écrit et les photos. C’est magnifique! Je souriais…3 gâteaux, 3 fois 60 ans…J’y ai vu l’espérance de vie que l’on vous souhaite…180 ans! Une espérance de vie en bonne santé, j’en suis certaine!

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