I love Japan (version anglaise à part)

Le Pavillon d’or à Kyoto (mai 2009)

Eternel Japon !

Première et seule nation à avoir été victime de bombes nucléaires et à souffrir dans sa chair et dans son âme, le pays du Soleil levant s’est relevé, comme il l’avait toujours fait par le passé, tout au long de son histoire plusieurs fois millénaire. Comme il est en train de se reconstruire, de se remettre en cause afin de mieux repartir de l’avant. De perpétuer le culte des samouraïs et des shoguns : ne jamais faiblir, inventer encore et toujours des nouveautés à partir du patrimoine séculaire.

Vue sur le plus grand lac d’eau douce au monde du haut d’un hôtel de la banlieue de Kyoto (Mai, 2009)

L’Occident, ses médias, sa population, après le choc des images insoutenables du tsunami suivies de celles des centrales de Fukushima en fusion, ne cesse de se poser la question sur le flegme et le courage de la population japonaise. Les spécialistes se perdent en conjectures et avancent des explications en se basant sur leur registre de valeurs occidentales… Quelle erreur !

Le Japon n’a pas commencé à exister seulement avec les samouraïs et les shoguns. Il n’a pas seulement sa place dans le concert des nations depuis l’émergence de ses technologies et de son économie. Le Japon est éternel. Sa fondation remontait aux temps immémoriaux où il était question de disque solaire, d’Amaterasu, la déesse à l’origine de la fondation de la dynastie impériale.

Armure de samurai à Himeji (Mai, 2009)

Pour comprendre le Japon et son histoire millénaire, il faudrait ouvrir son cœur, oublier ses références culturelles et ses registres de valeurs afin de partir dans un univers unique fait de simplicité, d’amitié vraie, de profond respect des traditions et d’amour au sens le plus large. Bien évidemment, il faudrait regarder et voir au-delà des apparences. Regarder et voir avec son cœur…

S’arrêter à la boum du vendredi soir, au centre de Tokyo, avec des jeunes dans des costumes délirés ou dans des habits de personnages de bandes dessinées, et en tirer une photographie du Japon contemporain, serait non seulement une grossière erreur. Mais ce serait surtout passer à côté d’une extraordinaire occasion de saisir les multiples facettes d’une société vivante, en perpétuelle évolution, mais qui n’oublie jamais ses racines ancestrales ! Jamais…

Le Japon est unique parce qu’il est la première nation, et la seule pour l’instant, à réussir la synthèse, à parvenir à l’alchimie parfaite entre la modernité et l’histoire. Sans rien renier de son passé et sans concession aucune! Son extraordinaire capacité à transformer ses échecs en réussite commerciale ou économique doit faire méditer les intellectuels occidentaux. Les dirigeants politiques n’ont ni la capacité ni la liberté de réflexion sur le long terme, leurs horizons dépassant rarement les prochaines échéances électorales.

L’humour des commerçants de la Rue des jeunes à Tokyo (mai 2009)

L’histoire, sans doute trop belle pour être vraie, de cet ingénieur nippon désespéré de devoir tout dépendre de l’aide américaine après la défaite de l’empire à la Seconde guerre mondiale et qui, de rage, tapait avec ses pieds dans une boîte de conserve vide. Celle-ci allait mourir au pied des monticules de boîtes métalliques qui étaient en train de transformer ce terrain vague en une petite chaîne de montagnes…

 – Eureka, se dit alors l’ingénieur. Voilà la solution : fabriquer des jouets avec ces boîtes vides et les revendre aux Américains !

De cette insoutenable frustration, de cette volonté

Une vue d’Hiroshima avec le dôme, symbole de la plaie atomique, et la ville actuelle (mai 2009)

incessante d’aller toujours de l’avant  serait alors né le Japon des jeux vidéo, des magnétoscopes, DVD et autres technologies d’avant-garde comme celles des robots humanoïdes ou des walkman, ancêtres indirects des smart phone. A chaque épreuve, non seulement, il repart de l’avant, mais il invente et crée des choses nouvelles tout en respectant son passé. Son éternel passé ! Et que dire de son intelligence à saisir vite et précisément l’importance des choses simples mais qui se révèlent d’une importance vitale pour sa survie en tant que nation. En tant que puissance économique et politique.

Le Shinkansen, symbole du savoir-faire technologique du Japon (Tokyo, mai 2009)

C’est ainsi que son industrie électronique avait décidé de fabriquer tous ses téléviseurs en normes américaines (NTSC), l’Amérique du Nord étant son principal marché. Cette décision est à rapprocher de celle ayant présidé au choix de la norme Secam en France. Afin de protéger nos frontières contre l’invasion de postes fabriqués à l’étranger…

Et j’ai particulièrement aimé la bonne humeur, la gaieté, la joie des personnes –une majorité de jeunes- se rendant dans les lieux de culte, l’ambiance familiale et quasi festive de ces retrouvailles au quotidien. Je me souviens d’avoir des larmes aux yeux, bien malgré moi, en voyant tout un clan –des grands-parents aux petits enfants- brûler des bâtons d’encens, se prosterner trois fois avant d’aller les planter devant une statue géante de Bouddha, la plus grande jamais fabriquée en bois.

Le plus grand Bouddha en bois au monde à Nara, le Todai-Ji (mai 2009)

Le Japon est éternel et il suffit d’étudier les raisons qui poussent les guerriers ou seigneurs nippons à se faire hara-kiri, en présence d’un témoin chargé de lui donner le coup de grâce, mais surtout le cérémonial très précis, codé depuis la nuit des temps, de cet acte de bravoure ultime pour saison l’âme japonais.

Aussi  n’ai-je pas cessé de me désespérer de la naïveté avec laquelle les médias occidentaux, et français en particulier, se saliver à l’idée de trouver une nouvelle Lady Di au Japon après le mariage de la diplomate Masako Owada avec le prince héritier Naruhito, le 9 juin 1993 (CF : A chacun son temps).

Marquage au sol où s’ouvre au centimètre près la porte des Shinkansen (Tokyo, mai 2009)

Quant au respect dû à l’usager et aux contribuables, les responsables de la SNCF et ceux en charge de la gestion du TGV plus particulièrement devraient aller prendre, ne serait-ce qu’une seule fois, le Shinkansen pour se rendre compte de ce qu’il leur reste à faire. Au Japon, on n’est pas obligé de prendre la première classe pour apprécier ses services, comme sur les lignes européennes de la compagnie française…

Ce que j’ai aimé

La convivialité des grandes villes et la gentillesse de la population

L’esprit pratique des Tour-opérateurs qui font transporter nos bagages par autocar les jours où nous devions prendre le Shinkansen

L’esprit pratique nippon et le service dû aux touristes-passagers, illustrés par notre guide Kimiko (Mai 2009)

L’affluence familiale dans les temples, monastères et autres lieux de culte

Ce qu’il faut absolument faire 

Passer une nuit dans un Ryokan avec bain thermale et cuisine raffinée: une expérience inoubliable. Il n’y a pas que des nouilles et des sushi au Japon !

Déguster de la viande de bœuf de Kobé accompagné d’un Saké local

Déambuler dans Takeshi Dôri et les rues latérales à Tokyo, surnommées la rue des jeunes

Marcher sur les trottoirs des Champs-Elysées de Tokyo, l’Omote Sando, pour admirer la propreté et le sens civique des Nippons et des touristes

Trottoirs des Champs-Elysées de Tokyo (mai 2009)

Monter tout en haut de l’Hôtel de ville de Tokyo pour avoir une vue générale de la capitale avec, en prime les jours de beau temps, le Fujiyama au loin…

Assister à un spectacle unique au monde : les Japonais regardent tomber les pétales de Sakura… Une folie délirante en mai !

Pour les amateurs ou initiés 

Le marché aux poissons de Tokyo ; un spectacle Nô ; le Métro de Tokyo à partir de 22h00 ; le Ryokan-Ji, monastère Zen situé au Nord-Ouest de Kyoto, et bien sûr se perdre dans la grande foule de la rue des Geishas à Kyoto !

La rue des sakura à Kyoto (mai 2009)

Ce qui faut ramener 

En dehors des Geishas en miniatures, les petits bols en fine porcelaine, vendus par six dans un coffret en bois et tous différents les uns des autres, vendus dans la boutique destinée aux touristes de l’Omote Sando. Une beauté absolue. Petit souci : il faut porter soi-même la boîte dans l’avion, c’est d’une telle fragilité !

A propos laosmonamour

ເກີດຢຸ່ບ້ານມ່ວງສູມ ເມືອງທ່າແຂກ ແຂວງຄໍາມ່ວນ ໄດ້ປະລີນຍາ ຕຣີແລະໂທ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Robert-Schumann (Strasbourg) ແລະ ປະລີນຍາເອກ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Paris-Sorbonne, Paris IV Travaille à l'AFP Paris après une licence et une maîtrise à l'école de journalisme de Strasbourg (CUEJ - Robert-Schumann) et un doctorat au CELSA (Paris-Sorbonne)
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2 commentaires pour I love Japan (version anglaise à part)

  1. lamluuk dit :

    Ce sont jours fastes sur le blogue!!!
    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt…Ce regard porté sur un pays, un peuple, regard ravi de ses découvertes. Retenir la Vie qui en émane, une société qui « bouge » et « évolue », mais capable d’intégrer des aspects traditionnels dans sa modernité. Cela témoigne d’un pays ouvert sur l’extérieur, mais également enclin à réaliser son autocritique, sans fard.

    Approcher ce pays depuis la jeunesse…sans l’avoir encore visité… à travers ses auteurs, contemporains, dans mon cas ,…Mishima, Kawabata, Abe Kôbo, Agutagawa, Yoshikawa, Murakami….ou encore à travers le théâtre Nô, l’origami, nous révèle des univers qui laissent place à des oeuvres personnelles, où, à mes yeux, s’exerce l’art de dépeindre le quotidien, dans le minuscule, dans une narration minutieuse, non dépouillée d’évocations poétiques. Le symbolique me semble y occuper toujours une grande place. La condition humaine, l’humain dans les remous de son âme, dans sa douleur, dans ses enfermements, ses contraintes, comme dans sa joie, la présence constante du féminin, des enfants, comme des vieillards, s’inscrivent comme motifs omniprésents et si porteurs de sens.

    Au fil des ans… ainsi se forger des impressions de cette société…Une grande sensibilité et vulnérabilité, des émotions retenues, mais non moins puissantes, excessives parfois, derrière l’armure du samouraï…Une expression collective qui a ses manifestations extérieures, mais qu’accompagne une quête de grande intériorité et dont vous étiez témoin dans le quotidien. J’y perçois, ce que je nomme …un ordre esthétique, un ordre de Beauté dans le fait d’ordonner scrupuleusement, de maîtriser, de structurer…qu’il s’agisse de l’espace (pièces des maisons, jardins, etc.), des rituels (cérémonies du thé), d’oeuvres théâtrales (théâtre Nô) de l’architecture….des échanges humains ….ou qui se reflète même dans les arts (sans omettre les arts martiaux!) ou pratiques (Ikebana, taille des bonsaï, origami, emballages de cadeaux ou furoshiki …)

    Les opposés s’affrontent, quête de beauté et de pureté voisinant souvent avec la mort, mais où, en finalité, l’équilibre, l’harmonie entre l’extérieur et l’intérieur, entre l’âme et le corps me semblent indissociables de l’âme japonaise, à la texture riche, et dont l’expression, quel que soit la sphère, dénote souvent un raffinement qui peut être poussé jusqu’à l’ultime….et nous soulève.

    Khob tchay de nous avoir emmenés au Pays du soleil levant et d’y avoir posé un regard attentif et si réceptif.

    • laosmonamour dit :

      Merci pour vos commentaires qui complètent de manière très pertinente mes petits « oublis » (arts martiaux, origamis, bonsai, la vulnérabilité et la sensibilité etc.). C’est vrai que le Japon est passionnant à plus d’un titre. Mais j’aime par-dessus tout la parfaite synthèse entre modernité et passé glorieux. Tant il est vrai qu’un grand arbre ne tiendra debout longtemps que si ses racines s’enfoncent bien loin dans la terre!

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