Laos. Le mariage lao ou l’éloge d’une tradition séculaire (avec la vidéo et des photos de l’union entre Naliny et Kim-Bona)

La femme est l’avenir de l’homme

Mariage lao de Naliny et Kim-Bona 15-06-2013

Mariage lao de Naliny et Kim-Bona 15-06-2013

Chaque pays possède et chérit ses traditions. Chaque peuple suit immuablement les coutumes instaurées depuis la nuit des temps par ses ancêtres. Chaque groupe de femmes et d’hommes éprouvent également un besoin quasi fœtal de retourner aux sources lors des périodes les plus marquantes de leur existence, comme la naissance d’un enfant, le mariage ou le décès d’un être cher etc. Et chaque individu est, lui aussi, obligé de respecter les lois fondamentales et les règles coutumières de la communauté à laquelle il appartient. Sous peine de se voir rejeter, bannir ou excommunier socialement.

Les jeunes mariés avec leurs parents à la réception donnée le 29 juin à PARIS

Les jeunes mariés avec leurs parents à la réception donnée le 29 juin à Paris

Et telles les fleurs que la mère nature a créées belles, attirantes et irrésistibles aux abeilles et autres papillons, les femmes exercent sur les hommes un magnétisme envahissant et les tiennent sous leur charme. S’il reste à prouver que la femme est l’avenir de l’homme, comme clament les poètes, il s’avère évident que sans l’inconscience provocatrice de la première des dames, Eve, le monde ne serait pas monde. Du moins dans la tradition occidentale…

Ainsi va la vie et la nature dicte très tôt ses lois aux jeunes gens qui se lancent des regards langoureux dès leur plus jeune âge. Des sourires et des clins d’œil qui sont des prémisses aux premières liaisons amoureuses, ou tout au moins aux flirts ou amourettes. Même si certains amours de jeunesse peuvent durer toute une vie !

DSC04139

 Traditions chéries

Le mariage lao possède ses propres rites dont la lenteur et le décorum peuvent parfois surprendre, voire dérouter les personnes ne possédant pas le code. Mais c’est ce qui fait son charme et son originalité… Car, si le mariage a perdu beaucoup de son aura d’antan dans les sociétés dites civilisées et ne représente le plus souvent qu’une simple formalité administrative, ou une étape, tant il rime souvent avec divorces et séparation, il reste un passage essentiel dans la vie d’un ressortissant du Laos. Se marier représente, en effet, le plus grand événement de leur existence, non seulement pour les jeunes mariés eux-mêmes mais surtout pour leurs familles.

Un phakhouane d’un mariage lao à Paris (mai 2012)

Des noces qui n’auront pas été célébrées dans les pures traditions sociétales et culinaires asiatiques, même à l’ombre de la Tour Eiffel ou de l’Empire State Building, seront entachées d’un parfum de doute, de suspicion aussi. Et les mauvaises langues ne manqueront pas de faire courir des rumeurs malveillantes, parfois même désobligeantes et déshonorantes, sur le couple et sa famille. Tant il est vrai que, pour la société lao, seule l’union traditionnelle possède une valeur sacrée, et le passage devant monsieur le maire n’est qu’une formalité administrative.

Cours d’amour

Au Laos, terres des traditions et de respect d’êtres invisibles, le candidat au mariage doit accomplir un véritable parcours du combattant, souvent très long, sinueux et plein d’embûches, avant de pouvoir convoler en justes noces avec sa bien-aimée.  Si les jeunes citadins possèdent une relative liberté de rencontre et de sortie, en particulier depuis l’avènement du développement économique accompagné de l’émancipation des jeunes femmes désormais autorisées à occuper un emploi tout en poursuivant leurs études supérieures, les gens de la campagne ne peuvent déclarer leurs flammes que sous la surveillance, certes discrète, d’un membre de la famille de la jeune amoureuse. Et dans des conditions assez particulières.

Le marié Kim-Bona très heureux à son arrivée devant la demeure de Naliny

Le marié Kim-Bona très heureux à son arrivée devant la demeure de Naliny

Ces conversations d’amoureux, qui se résumaient le plus souvent en des paroles banales entrecoupées de longs silences, constituaient l’une des plus charmantes traditions du Laos : le cours d’amour ou le lomsao.  Le phoubao (jeune homme), qui est épris d’intenses affections pour une phousao (jeune femme) de son village, se rend à la demeure de celle-ci, le soir venu, accompagné d’un ou de plusieurs amis, afin de tenter de faire comprendre ses sentiments profonds à sa dulcinée. On entendait alors s’élever, dans le silence de la nuit, la musique très typique du khène–une espèce d’orgue à bouche fabriquée avec des tiges de bambou- sillonner les rues du village jusqu’à ce que les phoubao s’installent chez les phousao.

Dans les années 1885 et 1910, Paul Néis (Sur le LaosBulletin de la société d’anthropologie de Paris, année 1885, Vol. 8, N°8, p. 41-58) et le Dr Georges Maupetit (Moeurs laotiennes  Bulletin et mémoires de la société d’anthropologie de Paris, VIIe Série, tome 4, fascicule 5, 1913, p. 457-554) avaient déjà noté cette pratique en relevant que, le soir venu, s’élevait le son langoureux du khène, signal du départ des phoubao chez les phousao.

Un plateau contenant des objets en argent faisant partie de la dot d’un mariage lao à Paris (mai 2012)

A la lumière des kabong

Avant la généralisation de l’électricité au Laos dans les années 1980-90, c’est à la lueur des kabong –torche faite à base de résine de bois mélangé avec du benzoyle- que les jeunes gens échangeaient leurs sentiments profonds, mais à demi-mots en raison de la présence d’un membre de la famille, et en faisant appel à d’innombrables métaphores florales.

 – Les roses de votre jardin sont les plus belles du village et maman souhaiterait obtenir une bouture…

« Ma mère en serait ravie, mais elle a peur que notre rosier ne soit pas d’une assez bonne souche .»???????????????????????????????

Un joueur de khène à un mariage lao à Paris (mai 2012)

Ces conversations amoureuses se faisaient parfois en chants alternés, alors accompagné d’un Mo-Khène (joueur de khène). Une version plus professionnelle de ces cours d’amour est proposée lors des fêtes ou des cérémonies familiales telles que mariage, sortie de couches, anniversaire etc. avec un couple de morlam.  Sans aucun texte, l’homme et la femme, dotés d’un don particulier appelé or-nam-lay, vont se livrer une joute verbale qui peut durer toute une nuit. Les propos, qui respectent des versifications assez strictes, peuvent parfois frôler le vulgaire surtout lorsqu’il s’agit de sexe, mais il arrive également qu’ils soient d’un niveau linguistique élevé avec une floraison de métaphores, d’hyperboles et d’images savantes. Certains morlam sont devenus de grandes vedettes en raison de leur qualité vocale exceptionnelle.

Le khène, dont le son se situe entre la musique produite par l’harmonica et l’accordéon, est fait de longues tiges de bambou, assemblées autour d’un morceau de bois dont on a percé un trou par lequel souffle le mo-khène en faisant varier les notes grâce à de petits orifices percés dans le bambou. Dans les fêtes de village, les morlan peuvent être accompagnés pour un petit orchestre. Outre le joueur de khène, on peut avoir un tambouriner, un joueur de cymbale ou de khouy (flûte en bambou) ainsi qu’un violoniste à deux cordes, appelé .???????????????????????????????

Un joueur de khouy à un mariage lao à Paris (mai 2012)

En raison de ce cadre très stricte d’échanges, les premières vraies rencontres amoureuses se déroulent donc à l’école et dans les nombreuses fêtes (boun), chez des particuliers ou à la pagode. A la campagne, les jeunes gens profitent aussi des sorties collectives de pêche, de cueillette des champignons ou de pousses de bambou ainsi que des travaux au champ en communauté (repiquage, moisson etc.) pour tisser les premiers fils de leur amour.  En général, ces liaisons amoureuses se transforment assez rapidement en fiançailles et en mariage dans les campagnes alors que les amourettes de lycéens peuvent, elles, résister à l’usure du temps et certains camarades d’école ont même terminé en mari et femme.

En 1885, Paul Néis avait cependant noté que les jeunes femmes de la région de Luang Phrabang disposaient de beaucoup de liberté. « Dès l’âge de 12 ou 14 ans, les jeunes filles sortent tous les soirs de lune, s’assembles par troupes de 50, de cent et plus, en marchant à la file et en chantant des airs plus ou moins sauvages (…). Pendant ce temps, les jeunes gens et même les hommes mariés font la cour aux jeunes filles qu’ils préfèrent.  Les nuits sans lune et les longues soirées de la saison des pluies, les jeunes filles se tiennent sous un abri en dehors de leur porte, ayant près d’elle leur lampe (…).  Quand une jeune fille a fait son choix, elle tend la main à son fiancé, parfois en allumant une cigarette et en la lui présentant. »

La délégation familiale de Kim-Bona

La délégation familiale de Kim-Bona

Phor-shû mè-shû

Et dès que deux êtres s’aiment d’un amour brûlant, ils demandent à leurs parents de se faire connaissance afin d’entamer les conversations en vue du mariage. Plusieurs rencontres s’avèrent souvent indispensables avant de trouver un accord final.  Selon les régions, trois visites sont particulièrement importantes. Il s’agit d’abord de la visite dite d’introduction, appelée le khan thâme, ensuite de la visite dite d’engagement, dénommée khan pharm et, enfin, des fiançailles proprement dite, appelées khan mark dèng.???????????????????????????????

Au Laos, les fiançailles constituent l’une des étapes les plus délicates du mariage dans la mesure où tout peut encore s’écrouler.  La visite d’introduction est généralement accomplie, non pas par les propres parents du futur marié, mais par des proches de la famille auxquels on a confié la mission d’aller tâter le terrain. Ils sont appelés des phor-shû/mè-shû ou des parents d’emprunt, et sont composés d’un couple bien uni qui a déjà fait ses preuves dans la vie conjugale.

La délégation du marié portant les plateaux des éléments de la dot

La délégation du marié portant les plateaux des éléments de la dot

Une fois le rendez-vous pris, les phor-shû/mè-shû se rendent, le soir convenu, au domicile de la jeune femme. Après un échange traditionnel de politesses, les visiteurs présentent à leurs hôtes un petit plateau contenant un peu d’argent, du bétel, du tabac à chiquer etc., garant de la bonne volonté de la mission. C’est le contenu du récipient, qui n’a qu’une valeur symbolique, qui lui donne son nom lao de khan-thâme (littéralement plateau de demande). Ensuite, ils exposent les raisons de leur visite aux parents de la future fiancée :

Notre cousin/neveu souhaiterait devenir votre gendre. Pourra-t-il avoir un quelconque espoir ?

Cérémonie de lavage des pieds

Cérémonie de lavage des pieds

Si les discussions se révèlent fructueuses, une nouvelle date est fixée pour une rencontre dite d’approfondissement. La délégation visiteuse comprendra alors les parents et les proches de la famille du jeune homme. L’usage de parents d’emprunt est destiné à éviter aux vrais parents de perdre la face en cas d’échec de la visite d’introduction. Tant il est vrai que l’honneur familial tient une place prépondérante dans les sociétés asiatiques. Et perdre la face dans un tel cas constituerait le pire des déshonneurs, en particulier à la campagne où tout le monde se connaît.

Selon Paul Néis, dans les années 1885, une fois qu’une jeune femme a choisi son amant, elle lui réclame une petite somme d’argent tout en s’en fait promettre une plus une forte le jour du mariage. « A partir de ce moment, il donne la main à sa fiancée tous les soirs et, au mois de septembre et octobre, il ira avec elle tous les septièmes jours de la lune cueillir des coyaves   en dehors de Luang Phrabang. » En souvenir de leurs rencontres dans les champs de coyaviers.DSC03950

Dans les années 1910, le Dr Georges Maupetit avait observé des cours d’amour sous les regards complaisants des bonzes de la pagode lors des fêtes. Mais le médecin avait aussi noté que « lorsqu’un jeune homme a parlé de mariage (…) et a été agréé par la famille, il vient seul faire sa cour sous la véranda sous l’oeil bienveillant du père et de la mère ou plus exactement avec leur complicité; car les vieux s’endorment quand vient la nuit. » « La jeune fille devient la maîtresse de son fiancé et lui permet déjà de goûter largement aux joies qu’elle lui offrira, plus tard, dans leur vie d’époux », écrit le praticien.???????????????????????????????

Visite d’engagement

La visite dite d’engagement, que l’on peut aussi appeler de manière impudique visite de réservation, est conduite par les propres parents du prétendant au mariage et doit comprendre les membres les plus éminents de sa famille (grands parents, oncles, tantes etc.) ainsi que des personnes d’emprunt qui serviront de porte-paroles. On cherche, encore une fois, à éviter l’embarras et le déshonneur aux parents en cas de problème.

Amour et complicité

Amour et complicité

Après les formalités d’usage, les visiteurs présentent à leurs hôtes un plateau contenant des fleurs, des bougies, des plaques de cire et une certaine somme d’argent. En acceptant ce présent, les deux parties s’engagent sur l’honneur à marier leurs enfants et à garantir, en cas de défection de l’un des deux jeunes gens, un dédommagement moral et matériel.

A ce stade, il est encore possible de rompre dans certaines conditions contrairement aux fiançailles proprement dites. En raison de sa fonction de réservation, cette visite porte le nom lao de khan-pharm. Et une fois la date des fiançailles fixée, la famille-hôte offre un dîner en l’honneur de sa future belle famille.

Eléments du khadong

Eléments du khadong

Les fiançailles…

Le soir des fiançailles, la famille du jeune homme au grand complet et en tenue de fête tout comme les parents d’emprunt apportent chez la future mariée un cochon, de l’argent, du bétel et du tabac à chiquer, ainsi que de l’alcool. Après le repas, qui sert d’entrée en matière idéale, les deux parties essaient de se mettre d’accord sur le montant de la dot (le kha-dong), la date du mariage et les différents aspects techniques des festivités de noces. Dans certains villages, ces discussions se déroulent en l’absence des principaux intéressés et peuvent parfois s’apparenter à des marchandages de marchands de tapis…

Au Laos, il est fait obligation au jeune homme d’apporter la dot à sa future épouse et aussi à sa famille afin de combler, symboliquement, le vide physique et affectif que va laisser celle-ci dans son foyer de naissance en se mariant. Ainsi, l’équilibre et l’harmonie, nécessaires au bien-être psychologique de tous, est maintenu en dépit du départ d’un membre de la famille. De même, la jeune mariée n’aura ni remords, ni regrets et pourra démarrer et vivre sereinement et dans le bonheur et la joie sa nouvelle vie d’épouse et de femme.

Cérémonie du Baci de noces

Cérémonie du Baci de noces

Les membres des deux familles qui participent à cette cérémonie, appelée khan mark dèng (littéralement plateau rouge en raison sans doute d’une influence chinoise où le rouge est la couleur du mariage et du bonheur par excellence), ont une obligation morale envers le futur couple. Ils doivent aussi participer à la constitution matérielle du nouveau ménage en apportant un trousseau et parfois une contribution financière. Une fois l’accord trouvé entre ce que l’on appelle les grandes personnes, on fait venir la jeune femme pour lui demander si elle accepte les fiançailles et le mariage.???????????????????????????????

A la campagne, la nouvelle fiancée partage le plus souvent un verre d’alcool de riz avec son futur mari pour sceller l’accord d’amoureux et montrer à la communauté qu’elle n’est plus libre. Elle attendra le jour des noces pour recevoir une bague ou un collier en or. En ville et dans les familles plus aisées, on passera une bague en pierres précieuses au doigt de l’élue en témoignage d’amour et de preuve matérielle qu’elle n’est plus à prendre, qu’elle appartient désormais à quelqu’un. Elle méritera, en conséquence, considération et respect dus à son rang de fiancée de la part de la société. DSC03981

Si les propres parents du fiancé ne peuvent pas être sur place, ils seront remplacés par des parents proches, appelés alors des phorlame/mèlâme ou parents de remplacement.  Comme le rituel du mariage lao est officialisé par le code coutumier, il doit comporter, pour être valable, le consentement des futurs poux, celui de leurs parents et doit avoir été célébré devant témoins, suivant les usages ancestraux en vigueur au Laos.

En 1910, le Dr Maupetit nota qu’il suffisait à deux jeunes gens qui s’aiment et « se connaissent depuis assez longtemps pour n’avoir plus rien de secret l’un pour l’autre, d’avoir l’assentiment des deux familles pour se marier. » Et le médecin de citer l’article 7 du Code civil: « Il n’y a pas de mariage si les pères et les mères des futurs époux n’ont pas donné leur consentement. »???????????????????????????????

La pratique des khadong fait, bien évidemment, partie intégrante de ces exigences coutumières. Selon le choix du futur couple, il existe deux sortes de dot : celle que doit verser le gendre résident (qui vient vivre au foyer de sa femme) et celle qui incombe au gendre chef de famille (qui habitera dans sa propre maison).

Les festivités des noces laotiennes

Au Laos, le mariage princier (avant l’avènement de la République en décembre 1975) ou celui des gens très aisés comportent un cérémonial particulier par rapport à la pratique des gens dits ordinaires. Le jour des noces, des porteuses chargées de plateaux, dont le nombre peut aller jusqu’à 200, se rendent de bonne heure au domicile de la fiancée afin de lui remettre les cadeaux convenus, en plus de la dot proprement dite qui, elle, sera remise directement aux beaux-parents.???????????????????????????????

Selon les demandes et les réponses rituelles, ils doivent comporter un « poignard à manche en verre et à cran d’arrêt en or, de l’étoffe de coiffure qui mesure huit brasses, un sampot en soie, des vêtements curieux, un bouquet de fleurs aux couleurs éclatantes ». Au seuil de la demeure nuptiale, le cortège est accueilli par des représentants de la fiancée. On s’échange de bonnes paroles, se partagent de l’alcool de riz. On chante, on danse dans l’allégresse générale. Et avec l’exagération coutumière à ces occasions de fête, le chef de la délégation du futur marié affirmera avoir apporté des « paniers remplis d’argent, d’autres remplis d’or, d’autres encore remplis de vêtements de qualité… »  Le même matin, les deux familles organisent séparément un petit Baci en l’honneur des futurs mariés. Nous verrons ultérieurement la signification de cette cérémonie.???????????????????????????????

Gendre résidant

Si le gendre devait être accueilli sous le toit de son épouse, ses beaux-parents ne prennent effectivement qu’une dot symbolique, appelée dot lèng-tine-kheui (littéralement fixation des pieds du gendre pour qu’il ne s’en aille pas). Il s’agit, en général, d’un petit lingot d’argent. On fixe naturellement le montant du khadong, mais la belle famille préfère le laisser au couple. La dot complète serait cependant exigée en cas de rupture ou de divorce. En contrepartie, le gendre résidant doit s’engager à prendre soin des parents de son épouse, de leur venir en aide, de les respecter et de tout partager avec eux… Il doit aussi promettre de chérir sa femme, de ne jamais la tromper ou de porter atteinte à son honneur !

Les deux parties se partagent tous les frais du mariage et la famille apporte également son aide (un cousin offre un buffle, un oncle un cochon, une tante des poulets, une autre tante des œufs et du riz etc.). Il est aussi de coutume que la fiancée s’occupe du trousseau : lit, matelas, couverture, drap… Dans les milieux aisés ou chez les familles de la noblesse, le nombre peut aller de 12 à 24 pour chaque élément de la chambre à coucher : 12 ou 24 oreillers, 12 ou 24 coussins etc.

Officialisation du mariage coutumier lao

Officialisation du mariage coutumier lao

Gendre chef de famille

Si le gendre devient chef de famille et qu’il amène sa femme vivre dans sa propre maison, le khadong est souvent plus substantiel que dans le cas du gendre résidant. Les beaux-parents exigent également, en principe, le versement de l’intégralité de la dot. Dans la pratique courante, cependant, ils n’en retiennent qu’une partie, préférant laisser au couple l’argent afin qu’il puisse démarrer, bien armé, sa nouvelle vie à deux. En cas de séparation ou de divorce, le gendre infidèle doit verser à ses futurs ex-beaux parents la partie de la dot laissée au couple.

Dans certaines régions du Laos, la coutume prévoit deux différentes dots, quel que soit le choix des jeunes mariés. La première, le kha khun phi (offrandes aux esprits), est obligatoire et destinée aux génies tutélaires. Son montant, variable selon la position sociale de la fiancée, est fixé par des règles coutumières non écrites. La seconde, le khadong proprement dit et dont le montant résulte d’un commun accord entre les deux parties, est versée à la famille de la mariée???????????????????????????????

Compensations

En dehors du khadong, qui peut comprendre des effets en nature en plus de l’argent et de l’or, la famille de la jeune mariée peut exiger des compensations de la part du futur gendre, si ce dernier est veuf ou divorcé. En général, il suffisait d’un bracelet ou d’une chaîne en or qui est destinée à dédommager la jeune femme d’avoir à se marier avec un homme usé, usagé alors qu’elle est restée pure, intacte jusqu’au jour de son mariage. Cette pratique vise à assurer l’équilibre physique et psychique, indispensable à son épanouissement, qui risquerait d’être rompu si elle réalise qu’elle vaut moins que les autres femmes de son âge, qui ont eu un mari de première main ! C’est toujours la recherche perpétuelle du fameux équilibre entre le corps et l’esprit, entre le visible et l’invisible si cher aux ressortissants de l’Asie du Sud-est.

Nés sous le signe du Lion, les jeunes mariés ont été placés sous la protection des lions...

Nés sous le signe du Lion, les jeunes mariés ont été placés sous la protection des lions…

Un autre complément à la dot est souvent souhaitable si la mariée possède encore des frères ou(et) sœurs célibataires plus âgés qu’elle. Le futur gendre offrira alors à ces membres de sa belle famille de petits bijoux en or. Il s’agit ici, non pas de compensation, mais d’une prévention. Selon la tradition, on craint qu’une telle union ne risque de porter ombrage aux aînés non encore mariés qui risqueraient alors de ne plus jamais trouver d’âmes sœurs !

DSC03990

La dot : une vieille histoire

Trois raisons principales justifient la pratique du khadong : une survivance des anciennes coutumes ; un lien matériel et un gage de solidité du ménage, et enfin un agent d’équilibre.  Il s’agit d’abord d’une survivance des coutumes très anciennes qui remontaient au temps où le Laos était encore divisé en plusieurs royaumes, gouvernés par des rois indépendants et souvent rivaux. Le mariage entre princes et princesses était alors le plus souvent des mariages de raison et relevait d’une subtile stratégie militaire : s’allier avec tel royaume afin de faire la guerre à un troisième et de conquérir son territoire.

Deux jeunes mariés en tenue traditionnelle lao (Paris, mai 2012)

 Les négociations étaient souvent très longues et difficiles, les princes ayant les mêmes origines familiales, il fallait alors faire monter les enchères afin d’obtenir le ralliement d’un voisin. Ainsi, le roi qui tenait une position stratégique et qui avait un fils à marier se verrait proposer par d’autres familles royales des dots fabuleuses. Avec des centaines d’éléphants et d’esclaves, des centaines de plateaux d’or et d’argent, de la nourriture à volonté ainsi que des bijoux, des pierres précieuses. Parfois même, une partie du territoire du royaume y était incluse. Les festivités pouvaient durer des semaines et dépassaient l’entendement !

Le petit peuple, qui assistait de loin en spectateurs éblouis ou qui participaient en tant que serviteurs à ces mariages princiers, transposaient le même cérémonial dans son propre milieu social. Il était persuadé que ce que faisaient les gouvernants était bien et devait être imité, les princes et les rois étant à ses yeux l’incarnation vivante des Dieux ! Le même phénomène de mimétisme a toujours cours de nos jours : ne dit-on pas que l’épouse d’un président ou une reine sont les meilleures ambassadrices de l’art de vivre d’un pays ! De la haute couture pour la France…

Le khadong représente également le lien matériel qui doit contribuer à renforcer l’union entre un homme et une femme qui s’aiment mais qui ne sont liés par aucun document officiel comme en Occident. Pour les notables et la famille, la dot représente donc une obligation morale et matérielle pour les deux époux de rester fidèles à leur union. La signification morale de la dot s’avère largement plus importante que sa valeur monétaire réelle.

DSC03995

Cependant et dans certaines régions du pays, les jeunes mariés signent un document appelé bay-namtane devant le phobane (chef de village) juste après la cérémonie traditionnelle du Baci de noces.

Le khadong possède, enfin, une importante fonction sociale et psychologique. Il est notamment perçu comme un agent d’équilibre par la famille qui doit céder sa fille, le vide psychologique (si elle accompagne son mari dans leur nouveau foyer) et affectif étant comblé symboliquement par la dot. De plus, le montant de la dot sert également à situer la position du couple dans la hiérarchie de la société.  La dot est présentée à la famille de la mariée juste avant l’arrivée du marié pour le Baci de noces.

Un Baci de noces à Paris avec au premier plan les plateaux en argent contenant la dot et les objets de demande de pardon (mai 2012)

Une belle tradition

D’origine animiste et brahmanique, le Baci ou soukhouane qu’on peut traduire littéralement et improprement par appel et accueil des âmes errantes, est un rite fortement teinté de références au Bouddhisme. On évoque ainsi avant chaque prière des khouane le Triple Joyau (Bouddha, son enseignement, ses disciples) et on récite trois fois le namo et le Tissarana. La fonction sociale du Baci ne concerne pas seulement le mariage mais s’étend à pratiquement toutes les étapes de la vie d’un ressortissant lao. Qu’il s’agisse de la naissance, de la réussite à un examen, d’une promotion, d’un anniversaire, d’une convalescence, du Pimay bien sûr, d’un départ ou d’un retour d’un long voyage. On organise aussi un Baci en l’honneur d’un parent ou d’une personnalité en visite etc.

Une autre belle tradition: l'ouverture du bal par un lamvong...

Une autre belle tradition: l’ouverture du bal par un lamvong…

La prière des khouane s’avère nécessaire du fait même de la nature   très instable de l’âme dont chacune des 32 parties de notre corps en possède une et qui peut nous quitter au moindre changement : maladie, grandes émotion ou tristesse, une trop grande joie…  Elle répond aussi à la nécessité d’équilibre, d’harmonie entre le corps et l’esprit, que chacun de nous a besoin pour rester en bonne santé et vivre heureux. Par conséquent, il est indispensable de rappeler, de temps en temps, les âmes errantes pour qu’elles réintègrent notre corps.

DSC03995

La cérémonie du Baci est présidée par un officiant appelé Morphone et chargé, avec des prières, de rappeler les âmes errantes, de les faire réintégrer le corps des personnes honorées par le Baci et de les retenir grâce à des cordelettes de coton sacrées. Placé devant le phakhouane (plateau des repas des âmes), il a en face de lui les personnes pour lesquelles on organise le Baci.

Le Phakhouane

Deux phakhouane de noces lao à Paris (mai 2012)

Le plateau des aliments des âmes est surmonté de cônes en feuilles de bananier (ou en papier de couleur verte) remplies de fleurs et où sont suspendues des cordelettes de coton rituelles. On y dépose aussi des gâteaux, des fruits, des œufs, un poulet (deux pour un Baci de noces), du riz gluant, de l’alcool et des cadeaux divers. Au sommet du grand cône, on place une bougie que l’officiant allume au début de la cérémonie. Le phakouane et son contenu sont destinés à attirer les âmes errantes et à les inciter à revenir au foyer. Pour le Baci de noces, deux phakhouane sont placés côte à côte, tout comme les jeunes mariés. Un fil de coton sacré les unit aux deux plateaux des âmes et à l’officiant. Après la prière des khouane, on nouera des cordelettes de coton sacrées aux poignets du couple. On offre en même temps le repas des âmes, des cadeaux de valeur tout en leur présentant nos meilleurs vœux de bonheur.

Le Baci de noces répond également au besoin d’équilibre, d’harmonie corps/esprit (on ne saurait évidemment pas marier deux êtres dont l’état d’ensemble ne serait pas satisfaisant !), et constitue l’acte officiel qui indique à la société que ces deux personnes sont désormais liées l’une à l’autre, unies à jamais par les liens inaltérables du mariage ! En fait, il existe deux sortes de Baci de noces : le Baci familial, appelé petit Baci et organisé chez chacun des futurs conjoints, et le Baci nuptial proprement dit.

Le petit Baci

Un baci de noces lao à Paris (mai 2012)

Le matin du jour de mariage, la période allant jusqu’à 11 heures solaires étant considérée comme moment faste, les parents de chacun des futurs époux organisent un Baci familial afin de leur souhaiter bonne chance dans leur nouvelle vie. Il représente avant tout l’occasion pour les jeunes gens, qui vont fonder leur propre foyer, de témoigner leur reconnaissance à leurs créateurs et de leur demander pardon pour les fautes qu’ils auraient pu commettre consciemment ou par la pensée. C’est aussi le moment de faire des cadeaux aux nouveaux mariés.  La prière du petit Baci s’attarde sur la naissance, l’enfance et les vœux de réussite et de bonne santé (voir encadre ci-dessous).

A la fin de cette cérémonie, le (la) futur(e) marié(e), tenant un plateau avec des bougies et des fleurs, accompagne sa mère dans les différentes parties de la maison pour quémander le pardon à la porte (qu’on maltraite en la poussant des pieds), à la cuisine, aux casseroles etc. A la même occasion, les jeunes gens allument des bougies et des baguettes d’encens pour solliciter la protection, la bénédiction et la compassion des génies tutélaires afin que leur couple soit toujours baigné dans une parfaite harmonie et un bonheur total. Cette quête de pardon s’inscrit dans la nécessité d’équilibre et d’harmonie, source de bonheur, et répond aussi au principe bouddhiste de karma qui stipule la corrélation entre les objets et les êtres.

Partage de l'oeuf de l'amour

Partage de l’oeuf de l’amour

Les Laotiens se marient, de préférence, pendant les mois pairs et en période de lune croissante à l’exception toutefois des dixième et douzième mois lunaires (travaux des champs et respect du carême bouddhique). Le meilleur moment est le sixième mois, juste après le Nouvel An lao. Ainsi, le sixième jour de la lune croissante du sixième mois serait une date idéale. On croit que les mariages célébrés pendant la période de la lune croissante connaîtront un développement harmonieux, bénéfique au nouveau couple.

Eléments d’un baci de noces lao à Paris (mai 2012)

La veille du grand jour, parfois les deux/trois jours précédents, parents, amis et voisins se rendent au domicile de la future mariée pour une veillée à la fois joyeuse et utile, tant il y a à faire avant un mariage laotien ! L’alcool de riz et la bière coulent à volonté, la bonne humeur règne en maître.

Les hôtes offrent aux visiteurs du khaopoun(nouilles de riz mélangées avec des légumes finement coupés, de la menthe, de la coriandre, le tout arrosé d’une sauce faite à base de poisson ou de viande, du lait de coco, des piments etc.) et du làp (steak tartare lao et plat de fête par excellence) accompagné de l’incontournable riz gluant. Cette petite fête porte le nom lao de oun-dong(littéralement échauffement du mariage).

Le Baci nuptial

Accueil officiel de leur gendre par les parents de la mariée

Accueil officiel de leur gendre par les parents de la mariée

Réunissant les deux fiancés, leurs parents, leurs familles, amis et invités, le Baci nuptial se déroule le plus souvent le soir où, après la grande chaleur de la journée, les gens et les esprits se trouvent dans une disposition plus favorable, susceptible de contribuer à la réussite de toute entreprise.

Il est de coutume qu’on installe en premier la future mariée, parée de bijoux et de ses plus beaux vêtements (chemisier en soie, jupe en soie brodée de fils d’or et d’argent etc.) devant le phakhouane. Elle portera, selon les canons de la beauté laotienne, un chignon bien haut sur la tête, légèrement incliné à droite, et sera ceint d’un collier d’or. A son sommet, trônera une fleur en or… Une écharpe en soie complètera ses habits de gala !

DSC04033

Au même moment, le cortège du futur mari, animé par le son du khène et des petites cymbales ainsi que de chants annonçant à la belle-mère l’arrivée de son gendre (Mè-thào euï, louk kheï ma lè ແມ່ເຖົ້າເອີຍ ລູກເຂີຍມາແລ້ວ) s’approche de la demeure nuptiale. Au seuil de la porte d’entrée, la famille de la jeune femme arrête la procession afin de s’enquérir des intentions des visiteurs. Ceux-ci offriront alors un verre d’alcool à leurs hôtes en témoignage de leur bonne intention et en guise de demande d’entrée. Un échange de propos et de verres d’alcool s’en suivront dans la gaieté et l’allégresse générale.

Coiffure à la laotienne d’une jeune mariée, parée de bijoux en or (Paris, mai 2012)

Vêtu d’une chemise blanche avec des parements en or et d’un sarong en soie, remonté entre les jambes jusqu’aux genoux, le futur marié, protégé par une ombrelle tenue par un ami intime –qui lui sert aussi de garçon d’honneur appelé gendre de remplacement au Laos-, tient dans sa main une paire de bougie et des fleurs, symboles de sa sincérité et la pureté de ses sentiments.

Lavage des pieds

Avant d’entrer dans la maison de sa belle famille, une jeune fille –nièce, cousine de sa fiancée- lui lave les pieds avec de l’eau parfumée et il doit la remercier avec un peu d’argent. Cette pratique est sans doute liée à une nécessité matérielle  (jadis, les gens ne portaient pas de chaussures et il fallait donc débarrasser les pieds du futur marié des impuretés rencontrées sur le chemin), mais aussi au besoin de purifier symboliquement celui que l’on accueille officiellement pour la première fois afin qu’il arrive dans sa nouvelle famille aussi pur et innocent qu’un nouveau-né.  Georges Maupetit faisait aussi indirectement référence à cette pratique en 1910: « Au centre sont assis les deux fiancés, souriants, lavés de frais, brillants dans leurs costumes neufs et raides (…).

Une autre variation du chignon à la laotienne

Une autre variation du chignon à la laotienne

Une femme, proche parente de la mariée qui a déjà réussi dans sa vie de couple, l’emmènera ensuite, en le tenant par la main, s’installer à la droite de sa fiancée, devant le phakhouane et en face de l’officiant. Le Baci nuptial peut dès lors commencer.

Avant le soukhouane, le khadong est présenté aux parents de la mariée. L’acceptation par ces derniers du plateau contenant la dot (argent, bijoux, vêtements, fleurs) correspond symboliquement à l’accueil officiel dans leur famille du gendre. Le jeune couple paraphe parfois un acte de mariage coutumier où sont notamment répertoriées les affaires de chacun.

Contrairement à la prière du petit Baci, celle du Baci nuptial est axée sur le rappel des âmes errantes pour qu’elles réintègrent le corps des jeunes mariés pour ne jamais plus les quitter (voir Encadre ci-dessous).

Présentation des voeux aux jeunes mariés lao à Paris (mai 2012)

Après la prière des khouane, l’officiant, les parents et la famille, les amis ainsi que les invités présentent leurs meilleurs vœux de bonheur aux jeunes mariés en nouant des cordelettes de coton à leurs poignets. Il est de coutume que la maman du marié offre, à ce moment, un ou deux bracelets en or à sa belle fille. Ce cadeau renferme une valeur symbolique très particulière : il correspond à l’acceptation de la jeune femme dans sa nouvelle famille.

A la fin de la présentation des vœux, les jeunes mariés se donnent réciproquement la moitié d’un œuf dur et boivent un peu d’alcool dans un même verre. Ils manifestent ainsi, et devant la société, leur amour, leur union et leur volonté de tout partager à partir de cet instant. L’officiant conclut ensuite la cérémonie du Baci en donnant les deux phakhouane au nouveau couple qui les gardera dans la chambre nuptiale au moins pendant trois jours. La tradition veut également que les nouveaux époux ne partent en voyage de noces qu’après ce laps de temps. Il ne reste plus aux jeunes mariés d’accomplir une dernière formalité coutumière avant d’aller rejoindre leurs invités : la demande de pardon.

Encore une autre belle tradition: le lancer du bouquet de la mariée...

Encore une autre belle tradition: le lancer du bouquet de la mariée…

Phiti somma

En témoignage de leur reconnaissance et en guise de demande de pardon, les jeunes mariés présenteront aux principales personnalités de leurs familles une paire de bougie et des fleurs avec, parfois, un peu d’argent. Selon l’importance des liens familiaux ou le rang social des bénéficiaires, le couple se mettra à genoux ou reste debout avant de donner l’objet du pardon. Il les saluera ensuite en baissant légèrement la tête, les mains jointes au niveau du cœur.

Phithi Sombad-somma ou demande de pardon

Phithi Sombad-somma ou demande de pardon

 – Père, mère (oncle, tante, cousin…), nous vous prions de ne pas tenir rigueur des manquements que nous aurions pu commettre, intentionnellement ou par la pensée, à votre encontre.

 – Mes enfants, vous êtes désormais lavés de tout reproche. Je vous pardonne et vous souhaite beaucoup de joie, un immense bonheur et une excellente santé. Que vous ayez des enfants adorables et que vous soyez comblés de richesse et de succès, répondra alors celui ou celle qui a accepté l’objet du pardon.

La demande de pardon, phiti sombad-somma en Lao, s’inscrit une fois encore dans la nécessité d’équilibre et d’harmonie corps/esprit du couple afin qu’il puisse démarrer sa vie conjugale dans les meilleures conditions psychologiques possibles.

DSC04047

C’est aussi cette quête incessante d’harmonie qui explique l’intrusion du Bouddhisme dans le processus du mariage lao.

Aspects religieux

Avant de se marier et de fonder sa propre famille, tout jeune Lao a le devoir de se retirer dans un monastère en tant que novice ou bonze pendant une période pouvant aller de sept jours à deux semaines. Au cours de son séjour, le jeune tentera de faire le bilan de son existence, de méditer sur le sens de la vie et d’apprendre, par la même occasion, quelques enseignements fondamentaux de Bouddha.

Fête du Vesac 2013 avec des bonzes venus de Thaïlande à la Grande Pagode de Vincennes

Fête du Vesac 2013 avec des bonzes venus de Thaïlande à la Grande Pagode de Vincennes

S’il est accueilli dans un vat-pa (pagode de la tradition de la forêt), le refuge des vénérables pratiquant le bouddhisme d’origine, le méditant sera amené à découvrir par lui-même son corps grâce à l’observation des différentes parties de sa personne. Cela lui permettra de connaître et de maîtriser leur fonctionnement. Car, et c’est là le principe de base de cette école, bien connaître soi-même nous permettra de mieux comprendre l’environnement qui nous entoure –proche d’abord et plus lointain plus tard- ainsi que les autres êtres vivants. Qu’ils soient humains ou non.

Plateau de fruits stylisés à un mariage lao à Paris (mai 2012)

???????????????????????????????Une meilleure connaissance de notre corps nous mènera vers la porte du Savoir et, par conséquent, vers le bien-être et le bonheur. Grâce à cette connaissance de soi et de l’environnement proche et lointain, nous saurons toujours nous protéger de l’agitation incessante du monde extérieur en faisant notamment travailler notre respiration abdominale et la circulation sanguine.

Etre bien dans sa peau, se sentir à l’aise dans son corps, n’est-ce pas le bien le plus précieux que l’être humain puisse avoir en ce siècle tumultueux, meurtrier et sans pitié pour les faibles ! Et c’est pour se sentir bien dans leur corps, dans leur union corps/esprit, être en parfaite adéquation avec eux-mêmes et leur environnement  que les futurs mariés se rendent à la pagode pour faire des offrandes aux bonzes et effectuer des actions de grâce juste avant leur mariage.

En général, le futur couple se rend, la veille du Baci nuptial, à la pagode la plus proche pour faire des offrandes aux bonzes et accomplir une action de partage et de reconnaissance. Les deux jeunes gens assisteront ensemble à la bénédiction par les vénérables de l’eau parfumée dans laquelle flottent des pétales de fleurs. Les bonzes brûleront des cierges conçues spécialement pour l’occasion, trois par chacun des fiancés et dont la longueur correspond à celle de leur tour de tête, des avant-bras (du coude à la pointe du majeur) et de leur tronc (du nombril au bas du cou) au-dessus du récipient tout en récitant des prières.???????????????????????????????

Il s’agit du souat-lot-nam (prière de purification à l’eau lustrale). Une fois rentrés chez eux, les futurs époux se laveront avec l’eau bénite en formant des vœux. En se lavant ainsi, ils se purifient symboliquement de toutes les impuretés matérielles et spirituelles afin d’entrer dans leur nouvelle vie propres et innocents comme un bébé qui vient de naître…

Emotions, émotions entre Kim-Bona et sa maman

Emotions, émotions entre Kim-Bona et sa maman

Parfois, la famille invite les bonzes au domicile des futurs mariés où se dérouleront alors offrandes, actions de grâce et souat-lot-nam. Une fois toutes ces actions accomplies, les jeunes gens peuvent convoler en justes noces et vivre heureux d’un amour harmonieux éternel.

ENCADRE

Gros plan d’une coiffure de gala de la mariée lao
(Paris, mai 2012)

Prière du Petit Baci                          

« Aujourd’hui, c’est le jour faste et le jour de chance. Ce plateau (des khouane) est en bois précieux, ce vase en émeraude, dressés par les parents et notables pour que je vienne t’appeler, Ô khouane chéris !

« Après dix mois passés dans le ventre de ta mère, la douleur l’accable. Les parents et grands parents, alertés, accourent. Ta mère se tord de douleur comme si elle allait mourir. Ta mère s’évanouit (…) et elle donne alors naissance à un joli bébé qui tombe sur le dos si t’es une fille et sur le ventre si t’es un garçon. Ta maman te prend dans ses bras et clame :

A partir de maintenant, tu es mon enfant chéri et je t’élèverai !

« Ta mère boit de l’eau chaude à brûler la bouche pour retrouver la forme. Ta mère se couche sur un lit sous lequel scintillent des braises (…) Inquiète par tes pleurs, ta mère prie pour que tu ne sois pas effrayé. Elle te chante des berceuses : Repose-toi, mon enfant. Tes parents t’aiment comme la prunelle de leurs yeux. Le lait de ta mère est chaud, bois-le lentement (…) Que les forts, les puissants, les courageux t’aiment et te viennent en aide.

DSC04184« Que tes khouane reviennent aujourd’hui même ! Tes parents implorent pour qu’ils rentrent dans ton corps. Aujourd’hui c’est le jour faste, aujourd’hui c’est le jour de chance et le jour des mérites… Que tes khouane n’aillent pas boire de l’eau dans les empreintes des écureuils quand  il pleut. Qu’ils n’aillent pas se rafraîchir dans les traces des buffles et des bœufs quand le soleil brille (…)

« Que tu sois toujours en bonne santé ! Que tu vives 100 ans ! Que les malheurs t’épargnent. Que les richesses s’accumulent dans ton foyer et que tu deviennes un notable respectueux et respecté. Ton père te trouvera une compagne digne, ne te fais pas de souci. Que tu sois toujours bon, généreux et pieux (…)

« Bonne santé ! Longue vie et beaucoup de bonheur… »

Prière du Grand Baci

Cérémonie du lavage des pieds du marié lors d’un mariage lao à Paris
(Mai, 2012)

« Aujourd’hui, c’est le jour faste. Aujourd’hui c’est le jour de chance et des mérites. Ce plateau est en bois précieux, ce vase en émeraude, dressés avec amour par les grands parents, avec des cordelettes de coton sacré, des bagues, du poulet et de la nourriture diversifiée. Avec aussi des fleurs au parfum exquis, de l’alcool, des gâteaux de riz et des œufs.

« Les Dieux s’accordent pour que tu deviennes l’épouse selon nos vieilles traditions. Portez le plateau des fleurs devant les yeux, présentez les plateaux de demande de pardon avec de l’argent et des fleurs. Ton mari te chérit. Sa famille, ses grands parents et ses amis sont aussi là, prêts à t’aider, pour organiser avec faste le mariage de la fille chérie.

« O 32 khouane de la naissance, retournez aujourd’hui même dans le corps de la belle mariée. 32 khouane du marié, rentrez aujourd’hui même. Des fleurs multicolores te souhaitent la bienvenue, ô khouane chéris, rentrez et restez dans le corps de ces deux êtres aimants.

« Venez ô khouane de la tête, retournez dans la tête par le toupet des cheveux comme l’huile qui entre oignant et parfumant. Khouane des poils et des cils, khouane des doigts de la main droite et de la main gauche, retournez aujourd’hui même. Khouane des pieds, douillettement protégés par de précieux souliers, ne courez pas à l’aventure, le ciel tonne, hâtez-vous de revenir ! Ô khouane des yeux, revenez dans les yeux, ne vous arrêtez pas à regarder inutilement tout autour…

« Vos parents, vos amis, votre famille, les notables vous présentent leurs meilleurs vœux de bonheur en vous nouant des cordelettes de coton sacré pour que vous formiez un couple uni et heureux. Pour que vous connaissiez honneur et félicité. Que vous ayez des enfants adorables, des filles charmantes et des garçons sans reproche. Des enfants intelligents, précieux et sociables…

DSC03966

« Que les dieux et les déesses vous accordent leurs vœux et protection par l’intermédiaire de ces plateaux sacrés remplis de fleurs. Que vos 32 khouane reviennent aujourd’hui même et quand le soleil se couche derrière la forêt, que les khouane de la mariée retournent dans son corps. O khouane, même si vous êtes à l’autre bout de l’horizon, revenez aujourd’hui même. Tes khouane qui s’égarent encore chez des anciens amours, revenez aujourd’hui même !

« Revenez vous parfumer avec le parfum de votre mère, revenez dans les fleurs tressées dans le chignon de la mariée ! O khouane, les gens vous réclament et veulent voir votre visage. Ils disent tous que vous avez du mérite. Revenez donc manger les repas préparés à votre intention, venez faire partager l’œuf de l’amour à ce jeune couple d’amoureux selon nos vieilles traditions !

« Aujourd’hui, c’est le jour faste, aujourd’hui les bras des jeunes époux se croisent et s’enlacent aujourd’hui même. Les greniers pleins de riz, la maison remplie de bijoux et d’argent, c’est aujourd’hui même…

???????????????????????????????

« Toi le gendre, sois modeste et montre-toi généreux et attentionné envers ta femme. Et toi la bru, aime ta belle mère. Ne sois pas bavarde et ne dis jamais du mal de ton mari. Vous les jeunes époux, si vous mangez de la viande, pensez aux tantes et aux oncles. Si vous mangez du poisson, partagez-le avec votre famille…

http://www.youtube.com/watch?v=gl_PE2e71N4&feature=em-upload_owner#action=share

« O khouane, revenez ! Les khouane du mari, venez dorloter la femme, retournez au lit quand il fait nuit, les khouane de la tête aimant les oreillers (…)

 « Longue vie à vous, soyez heureux et amoureux toute votre vie. Et ayez de nombreux enfants ! »

DSC03991

A propos laosmonamour

ເກີດຢຸ່ບ້ານມ່ວງສູມ ເມືອງທ່າແຂກ ແຂວງຄໍາມ່ວນ ໄດ້ປະລີນຍາ ຕຣີແລະໂທ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Robert-Schumann (Strasbourg) ແລະ ປະລີນຍາເອກ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Paris-Sorbonne, Paris IV Travaille à l'AFP Paris après une licence et une maîtrise à l'école de journalisme de Strasbourg (CUEJ - Robert-Schumann) et un doctorat au CELSA (Paris-Sorbonne)
Cet article, publié dans Amour, Baci, Bouddhisme, Cambodge, Culture, Laos, Mariage, News, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour Laos. Le mariage lao ou l’éloge d’une tradition séculaire (avec la vidéo et des photos de l’union entre Naliny et Kim-Bona)

  1. lamluuk dit :

    Sabaydi,
    Que voilà un texte très riche d’informations pour qui aime et veut parfaire, ne serait-ce qu’un tant soit peu, sa connaissance et sa compréhension de cette culture, au-delà de ce qui nous est accessible même sur les sites Web. Mourir de bonheur, en premier lieu, à l’évocation de la cour d’amour, qui rappelle que ces troubadours ont existé à l’autre bout du monde. Cette coutume existe-t-elle parfois encore…en un lieu oublié du Laos? Et l’échange de sentiments à la lueur des kabong, en recourant à un langage métaphorique d’une telle poésie du dire!!!! Et que dire de cette possibilité d’user d’un langage quelque peu paillard via le or-nam-lay, les propos égrillards qui peuvent s’y glisser étant, d’une certaine façon, encadrés!
    Prendre aussi conscience à la lecture que, dans un passé encore récent, la question de l’honneur familial ou l’idée de « perdre la face » avait également une grande importance dans nos sociétés traditionnelles. Au premier regard, on peut trouver cela d’une étrangeté, mais à bien y penser, la façon dont vous l’expliquez, ne peut que nous faire aussitôt penser à diverses situations qui nous sont plus familières; mais, me semble-t-il en Occident, on « sauvait (ou sauve encore?) les apparences » avec moins de subtilité et d’élégance que ce n’est le cas dans votre culture. J’ai beaucoup apprécié les passages sur ce sujet.
    Une question surgit,me préoccupe hautement, qui serait celle de toute personne issue d’un milieu plus que modeste. Quand les parents du prétendant procèdent à la visite d’engagement, où les sommes d’argent sont-elles prises? Sont-elle accumulées depuis des années en prévision des événements de ce type? A-t-on recours à un parent plus fortuné? S’il n’y en a pas? Et le jour des noces pour la bague en or ou le collier en or (!!!, c’est pas rien) comment réunit-on la somme nécessaire pour se le procurer?
    Qu’est « l’étoffe de coiffure? »…est-ce ce qui sert à recouvrir le chignon haut? Vous m’appreniez ce nom que je cherchais …le sampot! À quoi fait-on référence en parlant de «vêtements curieux».
    Puis sourire en un lieu du texte …se soucier d’une part de la virginité de la femme….mais également évoquer sur le plan plus métaphorique l’homme usager!!!
    M’arrêter ici, ce texte suscitant beaucoup de réflexions…Mais vous signifier mon appréciation des explications qui réfèrent aux fonctions psychologique ou sociale, ou encore remplissent une fonction d’équilibre entre le visible et l’invisible, le corps et l’esprit, l’intérieur et l’extérieur, dans une perspective bouddhiste…inspirante et parlante pour le non bouddhiste.

    Khob tiay lay lay deu!

    • laosmonamour dit :

      Merci pour vos commentaires tout aussi riches. J’ai décidé une bonne fois pour toute de faire complet quitte à être long et ennuyeux, parfois! Là, je crois que je n’ai rien oublié…

  2. laosmonamour dit :

    Sorry not to have time to do an English version. Very indeed

  3. Que voilà un autre beau mariage! Ces dernières photos, sont tellement souriantes et ensoleillées. Une grande Joie collective en émane. L’intégration de la rose au montage floral des phakhouanes démontre à merveille l’adaptation au milieu environnant, sans sacrifier à l’esprit de de cette magnifique et précieuse tradition, dans son essence, sa symbolique. Cette dernière, dans le mariage Lao, occupe une place de choix, très signifiante et révélatrice des valeurs qui y sont rattachées. C’est très beau …la beauté allant au-delà de cette splendeur déjà inouïe de l’événement dans ses manifestations.

    • laosmonamour dit :

      C’est toujours aussi émouvant d’assister, de participer un peu activement, à un mariage laotien mixte. Les couleurs et la beauté des costumes rivalisent avec le sourire éclatant de bonheur des jeunes mariés et de leurs parents. J’ai aussi pu rendre un petit service à la famille du marié (cambodgien) grâce à mon blog dans la mesure où l’officiant n’avait pas traduit ou expliqué tous ses faits et gestes lors du Baci. J’ai aussi adoré la valse de l’amour en vidéo…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s