Laos. Morlam lao (Musique populaire lao)

Au Laos, comme sans doute dans beaucoup de pays non-industrialisés, une multitude de musiques dites populaires ou traditionnelles fleurissent, se côtoient souvent, se complètent parfois, mais s’ignorent aussi la plupart du temps en l’absence d’un catalogue national complet. Chaque minorité, chaque région, chaque groupe social possèdent sa musique.

La musique populaire lao ou lam représente et reflète une certaine manière de vivre, de coexistence et de recevoir des ressortissants de l’ancien Royaume du million d’éléphants et du parasol blanc. Sans doute la meilleure expression de la culture de notre pays et le fidèle reflet de ses habitants, elle se révèle aussi multi-facettes. C’est une musique plurielle !

Sa naissance doit remonter à la création même de la nation taie ou  daie du temps où cette communauté vivait encore dans les contrées montagneuses de l’Himalaya. Peuple éminemment social et gai par excellence (pour lui tout est prétexte à faire la fête : un mariage, une naissance, moissons, cérémonies religieuses et même la mort), les premiers morlam avaient sans doute vu le jour dans les nombreuses fêtes ou boun qui parsèment la vie quotidienne des peuples tais. Poussés par le désir de se distraire et d’apporter par la même occasion de l’animation à ces événements, ils auraient alors improvisé des chants ou des lam. En chantant la beauté du paysage ou des femmes du village, ou en leur faisant la cour aussi, au fur et à mesure que l’inspiration leur venait à l’esprit.

L’improvisation est la caractéristique essentielle de ces chants populaires. Rien n’est écrit ni préparé à l’avance : aucun thème, aucun sujet, tout dépend de l’inspiration du moment. Que le mor-khène (joueur de Khène, orgue à bouche en bambou) se mette à émettre les premières notes, que des participants à la fête frappent dans la main en rythme, et la magie s’opère…

Parmi les lam les plus connus, et en parcourant le Laos du Sud au Nord, on peut écouter et apprécier le Lam Sithandone, Lam Saravanh, Lam Tan Vaï, Lam Khonesavanh, Lam Phouthaï, Lam Mahaxay, Khàb Nguem, Lam Phuane, Lam Xing, Khàb Thoum Luanh Phrabang etc. Il existe aussi le Lam Long qui n’appartient aucune région ou ethnie spécifique. Une nouvelle version du Lam Phouthaï, plus rapide, plus rythmé, sous l’influence des jeunes, a vu le jour depuis quelques années. Il est même repris par des vedettes de la chanson country Issane.

Réveil douloureux

« C’est dans le bruit que se lisent les codes de la vie », a souligné Jacques Attali dans Bruits (PUF/Fayard, 1977). Aussi est-il très intéressant de constater que le rythme des chants populaires lao reflète pratiquement toujours le comportement et le tempérament des gens des différentes régions de notre pays.

Un khène, orgue à bouche fabriquée avec des tiges de bambou dans lesquelles on a percé des trous qu’on ferme ou ouvre avec ses doigts en fonction des sons recherchés

Ainsi, les habitants du Nord, réputés pour leur nonchalance et leur douceur, chantent sur un rythme relativement lent et moins saccadé que leurs compatriotes du Sud. La différence s’avère surtout très marquée, même pour des oreilles néophytes, avec le Lam Saravanh et le Lam Tangvaï. Les populations du Centre et du Sud transposent leur dynamisme et leur plus grande ouverture d’esprit dans leur musique. Avec un rythme vivace, ponctué par des refrains, des itérations ou des battements de main.

De manière générale, l’accent tonique de ces chants populaires ou lam se révèle comme la parfaite image de cette physionomie musicale : au Nord, un accent doux, chantant, presque langoureux ; au Centre, l’accent est à peine perceptible, tandis qu’au Sud, l’accent se montre plus grave, rude, presque menaçant.

Attiré, aspiré par les lumières de la ville dans ma jeunesse –est-ce pour échapper aux dures conditions de vie d’alors ?- je ne m’intéressais pas du tout à ces chants d’une grande authenticité, ne jurant que par de la musique internationale. Les Beatle, Who, Doors, Henrico Macias, Johnny Hallyday ou Michel Polnareff, sans oublier bien sûr Elvis Presley, LE king, berçaient alors mon enfance à la campagne. Honteusement, je n’ai découvert et aimé ces lam qu’une fois en France, loin de ma patrie natale, exilé, coupé de tout ce qui m’est cher, dépouillé de ma qualité même de citoyen lao…

Le réveil a été rude, douloureux même, mais ô combien réconfortant et utile pour me permettre de me reconstruire, de reconstituer ma personnalité culturelle, sans laquelle je ne serais plus qu’un numéro, une particule négligeable dans l’immensité de l’univers. J’ai tellement d’amour et de reconnaissance envers ces lam que j’ai même appris à en écrire et à les chanter moi-même !

Merci donc à tous les maîtres morlam pour leur inestimable contribution à ma prise de conscience musicale, sociale, culturelle et identitaire…

Ce morceau, mélange subtil du Lam Phouthaï et de la variété, illustre la vivacité des morlam lao à s’adapter et à évoluer. A noter aussi la dualité au niveau des danses: la cohabitation du moderne et de l’ ancien.

C’est toujours le Morlan Xieng Savanh dans une version rapide et moderne de Lam Xing

C’est mon Lam Mahaxay préféré parce qu’il parle de la beauté de la province de Khammouane, ma ville natale. De plus, la vidéo a été réalisée à Vat Sikhonhthaboun, à un kilomètre de mon village… Les larmes me viennent aux yeux à chaque visionnage de ce Lam!

Un lam Sravanh qu’on peut qualifié de classique avec des danseurs en tenue typique de la région.

Un saravanh plus moderne, destiné à la danse pendant les soirées ou fêtes

A propos laosmonamour

ເກີດຢຸ່ບ້ານມ່ວງສູມ ເມືອງທ່າແຂກ ແຂວງຄໍາມ່ວນ ໄດ້ປະລີນຍາ ຕຣີແລະໂທ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Robert-Schumann (Strasbourg) ແລະ ປະລີນຍາເອກ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Paris-Sorbonne, Paris IV Travaille à l'AFP Paris après une licence et une maîtrise à l'école de journalisme de Strasbourg (CUEJ - Robert-Schumann) et un doctorat au CELSA (Paris-Sorbonne)
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8 commentaires pour Laos. Morlam lao (Musique populaire lao)

  1. lamluuk dit :

    Une page riche de mots, d’évocations, de sonorités diversifiées et très chères…. où revenir faire des incursions, à la simple mention des mots khène, morlam et lam! Tout occidental devrait prêter l’oreille à ces rythmes qui s’incorporent à nous dès la première écoute. Ils envoûtent, nous possèdent et deviennent, pour toujours, une musique aimée. Ces rythmes provoquent un véritable coup de foudre intérieur, de même ampleur, m’apparaît-il, que celui qui s’ensuit à entrer en contact avec la musique guinéenne….la profondeur, tout autant que l’envol…véritable musique classique de l’Ancien Monde. S’y révèlent mes préférences musicales, à tout jamais!

    De la lecture de cette page, émane une Joie certaine pour l’esprit, certes, mais également pour l’oeil, et pour l’oreille!

  2. laosmonamour dit :

    Morlam est à l’origine de la musique qu’on qualifie d’ancienne, d’ethnologique ou originelle. Ce sont eux qui avaient improvisé des paroles, accompagnées de « son » ou rythme lors des différentes veillées, tristes ou joyeuses.

  3. lamluuk dit :

    Selon toute vraisemblance, les vidéos 3, 4 et 5 ne semblent plus disponibles. On y dit que le compte YouTube associé à la vidéo est terminé du à…….Dommage!

  4. laosmonamour dit :

    Effectivement, ces trois morceaux ont été supprimés sur youtube. Un problème très courant, le système de droits d’auteurs n’existe que depuis quelque temps seulement au Laos.

  5. BASTIANELLI dit :

    Article très intéressant. Petite précision : la bibliothèque nationale lao a entrepris un important travail de collectage de tous les chants et musiques traditionnelles lao depuis les début des années 2000 sous la responsabilité de Kongduane Nettavong , sa dynamique directrice depuis peu à la retraite.. Tout a été collectés dans les régions , enregistrés puis numérisés. Le catalogue existe.
    La bibliothèque national actuellement au centre de Ventiane déménage dans de nouveaux locaux et ce fonds conservé dans de bonnes conditions de stockage devraient etre plus accessibles dans ces nouveaux locaux
    Marie-Hélène Bastianelli

    • laosmonamour dit :

      Merci pour votre visite et surtout pour l’info sur la bibliothèques nationale lao et la collecte de tous les chants et musiques traditionnels. Je vais donc apporter une précision à mon article écrit il y a déjà quelques années et basé sur mon vécu personnel.

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