Laos. Bouddhisme et modernité

Vat Xienthong, Luang Phrabang (2011)

Au Laos, l’ancien royaume du million d’éléphants où fleurissent les  Dork champa et le sourire innocent de notre peuple, le bouddhisme représente plus qu’une religion, il fait partie intégrante de la vie quotidienne des citoyens en dehors d’une très petite minorité de catholiques. Mais contrairement à l’Occident, où catholiques et protestants dits pratiquants cohabitent avec des non pratiquants, il n’y a aucune distinction entre les bouddhistes lao. Tout le monde a le bouddhisme dans ses gènes et son sang. Chaque ressortissant lao représente un maillon de l’invisible chaîne qui le relie à chacun des membres de sa communauté.

A la fois religion, philosophie de vie et  référence temporelle et comportemental, le bouddhisme rythme la vie du tout citoyen lao, de sa naissance jusqu’à sa mort.

Ainsi, j’ai dû, à mon corps défendant, subir le rite initiatique dès mon plus jeune âge en me faisant bonzillon afin d’accompagner mon arrière-grande mère dans sa dernière demeure. Je devais avoir cinq ou six ans quand j’accomplissais ce devoir filial, en compagnie de mes cousins, neveux et oncles. Je pleurais abondamment dès le trajet, cramponné au porte-bagages du vélo paternel, de mon village à la ville où résidait notre aïeule.

Offrandes du repas de midi à Paksé (2011)

Honneur familial

Tu ne dois pas pleurer. C’est un honneur que d’accompagner grande mère à sa dernière demeure et de représenter notre famille lors de cette étape importante de la vie, tentait de me rassurer, de me calmer aussi mon père tout au long des sept kilomètres du parcours poussiéreux et baigné d’un soleil de plomb.

Je ne l’entendais même pas tant j’avais peur… Peur de la ville que j’allais voir pour la première fois. Peur de me faire raser la tête, peur de ne pas savoir me comporter, peur aussi d’être snobé ou rejeté par mes parents de la ville à cause de mon manque de codes appropriés. Finalement, en dehors de l’opération douloureuse du rasage de la tête, tout s’était merveilleusement bien déroulé. Etant l’un des benjamins, j’avais tout de suite été adopté, aidé, guidé par les membres de notre famille éplorée.

Havre de paix

Tak-bad à Ban Mouangsoum, Thakhet (2011)

Avant l’arrivée de l’électricité dans les villages et les bourgs éloignés des villes, c’est la pagode, centre névralgique de la vie sociale et culturelle, qui rythmait le quotidien de la population.

Dès son réveil au son du grand gong ou tipong, les fidèles effectuent leur entrée dans la pratique du bouddhisme. Le tak-bad leur permet d’offrir du riz, des gâteaux ou de la nourriture aux bonzes, se déplaçant dans la rue principale faire la quête du matin. Les habitants doivent ensuite se rendre à la pagode de leur village ou de leur quartier pour apporter le premier repas aux religieux qui n’ont pas le droit d’occuper un travail salarié.

A 11h00, le kong-phéne (littéralement le tambour de midi) rappelle au monastère les villageois pour le second repas de la journée. Et au son du kong-lèng (vers 17h00), qui marque la fin de la journée de travail aux champs et aux rizières, les Lao rentrent à leurs domiciles. Ils participent aux différentes fêtes tout comme à l’entretien et à la construction des bâtiments religieux.

Arrivée des reliques de Bouddha à la Grande pagode de Vincennes (2009)

En Europe, en Amérique du Nord ou en Australie, les pagodes se sont adaptées aux exigences de la vie moderne en se transformant en centres de méditation, de rassemblement, d’éducation et de fêtes aussi lors des événements marquant la vie de Bouddha. Comme le vesak, la cérémonie la plus importante du calendrier bouddhique puisqu’elle célèbre le jour de la naissance, de l’illumination et du décès du Bouddha historique Shākyamuni.

Paix intérieure

C’est dans l’un de ces monastères, à Tournon-sur-Rhône, où j’ai effectué un autre des passages obligés d’un Bouddhiste : se faire bonze avant de se marier. Mais en raison des contraintes de la vie à la française, je n’ai pu effectuer que trois jours de retraite en respectant les cinq préceptes (sin-hâ) alors que je devrais rester une semaine dans un monastère en suivant les huit préceptes (sin-paid))

Installation définitive des reliques de Bouddha, Grande pagode de Vincennes (2010)

Vous devez observer le silence complet. Observez votre respiration, vos mouvements. Observez vos faits et gestes afin de comprendre votre corps avant d’essayer de percer les secrets de votre environnement proche et, plus tard, ceux du monde plus lointain, annonce aux méditants le vénérable maître des lieux.

Des cadres, médecins, avocats, chefs d’entreprise ou architectes sont de plus en plus nombreux à fréquenter ces havres de paix, en quête d’harmonie et de spiritualité. A la recherche aussi d’un sens à leur existence.

Je suis heureux et en paix. Une joie intérieure me remplit le cœur à chacune de mes retraites au monastère, a ainsi résumé un fidèle des lieux, venu du Finistère.

Mérites

La modernité du bouddhisme, qui remontait à l’époque du prince Siddhārtha Gautama voici plus de 2500 ans, lui a toujours permis de s’adapter aux différentes traditions cultuelles des différents pays et peuples, en Asie bien sûr mais également en Occident. Car, le bouddhisme n’impose rien aux fidèles et tout repose sur le travail personnel et la disponibilité mentale de chacun. En sachant que toute bonne action apportera du mérite (boun-kousonh) à ses auteurs.

Cérémonie de tak-bad, Luang Phrabang (2011)

Les fidèles, en particulier les personnes âgées, rivalisent donc d’ardeur pour organiser des boun avec toujours un triple objectif en tête : obtenir du mérite, dédier une part du boun-kousonh aux parents disparus et, enfin, réaliser une action sociétale en réunissant familles et amis.

A chacun de mes quatre retours au bercail depuis 1995, j’ai bien évidemment respecté cette belle tradition, accompagnée d’un Baci ou Soukhouane (cérémonie d’appel et d’accueil des âmes errantes autour d’un plateau de khouane) qui représente en quelque sorte la partie civile ou laïque de l’ensemble.

Cependant, je n’ai pas pu encore accomplir l’acte fondateur du devoir filial envers mes parents : me faire bonze pendant une semaine (ou un mois) afin de les remercier et leur dédier les mérites suprêmes.

Si, comme a l’habitude de répéter un vénérable, chaque bouddhiste possède en son cœur une pagode pour effectuer les rites religieux quotidiens, le poids social des traditions nous oblige toujours à nous rendre dans un monastère afin de faire in situ et surtout à la vue des autres fidèles nos actions de grâce.

La modernité doit faire bon ménage avec les traditions séculaires, surtout quand on se retrouve en Occident, loin de notre terre natale.

Quelques adresses en France:

Ecole des moines de la forêt à Tournon: http://bodhinyanarama.org/

Lignée du Vajrayana tibétain: http://www.dhagpo-kagyu-ling.org/fr/ (Dordogne);  http://www.kttparis.org/ (Paris); http://www.guepel-ling.org/ (Croizet)

Temple Zen Soto (La Gendronnière): http://www.dojozendebourges.fr/Pages/Gendronniere.php

http://franco-thai.com/bouddhisme.php

A propos laosmonamour

ເກີດຢຸ່ບ້ານມ່ວງສູມ ເມືອງທ່າແຂກ ແຂວງຄໍາມ່ວນ ໄດ້ປະລີນຍາ ຕຣີແລະໂທ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Robert-Schumann (Strasbourg) ແລະ ປະລີນຍາເອກ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Paris-Sorbonne, Paris IV Travaille à l'AFP Paris après une licence et une maîtrise à l'école de journalisme de Strasbourg (CUEJ - Robert-Schumann) et un doctorat au CELSA (Paris-Sorbonne)
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