A chacun son temps

Savoir donner le temps au temps permet à chacun et à la multitude de ne pas perdre de

Hiver 2010, Paris

temps, dans la mesure où ils auront passé ce temps d’attente, avant de passer à l’acte, à étudier, à peser les tenants et les aboutissants de leurs actions. Même si donner le temps au temps, attendre avant d’entreprendre quelque chose, devient un luxe de plus en plus difficile à s’offrir au XXIème siècle. Internet, Facebook ou Twitter exigent de l’instantanée !

D’autant que le temps n’a pas la même signification ni la même importance en fonction de l’endroit où l’on se trouve. Le temps occidental diffère ainsi assez sensiblement du temps asiatique, et lao  en particulier.

En Asie, même au Japon post-industrialisé, le temps est éternel, il ne se limite ni à la durée d’une journée, ni à celle du travail hebdomadaire. Et encore moins à 365 journées par an ! Au pays du Soleil levant, un nombre impressionnant de fidèles se rendent jour après jour aux temples et aux pagodes, shintoïstes, bouddhistes etc. Et parmi eux, se trouve une grande majorité de jeunes, seuls ou en couples, et accompagnés de leurs enfants!

Début hiver 2011, Paris

Heureux, fiers de maintenir vivante, pétillante même, une tradition séculaire. Pour les Japonaises et les Japonais, le temps n’a pas bougé. Rien n’a changé depuis l’époque des samouraïs et des shoguns, où l’honneur et la parole donnée comptent éminemment plus que les indices du Nikkei ou ceux du produit intérieur brut.

Eclat de rire

Les Japonais ont certainement éclaté de rire quand ils avaient vu et entendu les médias occidentaux parler de la diplomate Masako Owada comme la future Lady Dianade l’empire nippon après son mariage avec le prince héritier Naruhito, le 9 juin 1993. Ils ont dû accueillir une telle méconnaissance de l’immuabilité du temps régnant dans leur pays non pas avec une quelconque colère, mais certainement avec beaucoup de pitié, de mépris certainement, et un grand éclat de rire…

Fastes olympiques, Athènes 2004

Au Laos, le temps se révèle tout aussi particulier, flexible et les retards ne sont pas vécus comme un drame. Tant et si bien qu’un hôte éprouve toujours le besoin de demander à ses invités de préciser s’ils vont arriver en heure locale ou en heure internationale.

Un mariage lao à Paris, New York ou Sydney illustre merveilleusement ce décalage temporel. Invités à la cérémonie traditionnelle du Baci ou Soukhouane à 18h00, nos amis français, américains ou australiens honorent avec plaisir et beaucoup d’exactitude ce moment le plus important des noces à la laotienne. Mais ils doivent ensuite patienter jusqu’à 20h00, et souvent plus tard encore, avant de pouvoir dîner. Dans le même temps, les invités d’origine lao n’arrivent que juste avant le début du banquet…

Un Baci au Laos

Pour les golden boys de Wall Street ou de la City, l’attente est sûrement une perte de temps inutile et malsaine, eux qui doivent réagir en quelques millisecondes pour acheter ou vendre.

Un art

Gérer son temps est donc tout un art. Si, comme le souligne le philosophe Jean-Paul Galibert « le temps crée sans jamais détruire. C’est en créant que le temps passe » (in Le temps ne passe pas, jeanpaulgalibert.wordpress.com), il s’avère tout aussi délicat et difficile de passer d’un temps à un autre.  Surtout pour des habitants issus de l’immigration –volontaire ou forcée- qui doivent passer, par exemple, du temps asiatique (à la maison et en communauté) où tout est patience, tolérance, entraide, au temps occidental (au travail, dans les administrations etc.) où règnent en maîtres efficacité, rapidité et technicité.

« Le paradoxe du temps, c’est que rares sont ceux qui estiment en avoir suffisamment, alors que chacun dispose de sa totalité », souligne Jean-Louis Servan-Schreiber dans L’art du temps (Fayard/Le livre de poche, 1983).

Dork champa, Luang Phrabang

Il est donc tout à fait légitime que chacun doive gérer son temps à sa manière en fonction de son histoire, de ses traditions culturelles et de ses propres sensibilités. Tant il est vrai que la perte de temps chez l’un peut constituer une richesse ou une sagesse chez un autre.

L’Américain Robert M. Persig n’a-t-il pas souligné que « quand on se presse, c’est qu’on ne s’intéresse pas vraiment à ce qu’on fait et qu’on veut passer à autre chose » ?  (Traité du Zen et de l’entretien des motocyclistes, Le Seuil, 1978).

Alors, à chacun son temps…

A propos laosmonamour

ເກີດຢຸ່ບ້ານມ່ວງສູມ ເມືອງທ່າແຂກ ແຂວງຄໍາມ່ວນ ໄດ້ປະລີນຍາ ຕຣີແລະໂທ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Robert-Schumann (Strasbourg) ແລະ ປະລີນຍາເອກ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Paris-Sorbonne, Paris IV Travaille à l'AFP Paris après une licence et une maîtrise à l'école de journalisme de Strasbourg (CUEJ - Robert-Schumann) et un doctorat au CELSA (Paris-Sorbonne)
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