Laos. L’art d’être Lao (ajoute le caractère lao vu par Marcel Zago)

– Etre Lao ou Laotien, c’est quoi exactement ?

« Excellente question, notera le sociologue intéressé. Mais encore, c’est quoi au juste ? »

C’est très simple et assez compliqué à la fois, répondront à l’unisson les ressortissants du pays des Dork champa. Nous sommes nous-mêmes, des êtres pensants comme les autres, ni plus ni moins.

Le Lao peut être souriant et boudeur, accueillant et méchant, hospitalier et soupçonneux. Nous pouvons aussi devenir coopératifs et rugueux, tendres et inflexibles Souples comme les roseaux mais intraitables sur les principes dès lors qu’il s’agit de l’amitié vraie, de l’honneur ou de l’hospitalité. Fluides comme l’eau, nous restons en revanche fidèles à l’objectif fixé. Ne dit-on pas que l’eau parvient toujours à sa destination finale en dépit des obstacles rencontrés sur son passage ! Et un sage confucianiste aurait aussi proclamé : comme la goutte d’eau qui arrive à percer un morceau de granit, creuser donc toujours au même endroit et l’eau jaillira…

Etre Lao ou Laotien, c’est un peu tout cela à la fois, avec, il est vrai, un brin de caractéristiques propres à notre peuple, ce qui fait son charme et le distingue d’un autre grand peuple avec lequel il partage tant de valeurs communes. Etre Lao, c’est tout un art de vivre. Un art linguistique, culturel, vestimentaire et comportemental.

Richesse des mots

La richesse du vocabulaire lao permet des variations autant nombreuses que subtiles. Ainsi, un adolescent disposera jusqu’à cinq variantes pour s’adresser à ses prochains.

Il dirait kha-noy (ma petite personne) et ya-phor, ya-mè, thane et at-ya à ses parents et aux grandes personnes (phou-gnay), une forme de vouvoiement très respectueux et affectueux.

A ses frères et sœurs, il utilisera des tiao, khoy (vouvoiement normal) ou des khao, pheun (vouvoiement intimiste). A ses bons amis, il parlera avec des tô, kan (tutoiement normal) alors qu’il traitera ses ennemis –même d’un jour- de mung, kou, ou plus méchant encore de bakha, manh…

L’art vestimentaire constitue un autre signe de reconnaissance des natifs du Laos, en particulier chez la femme, l’homme s’étant laissé séduit par la commodité du costume-cravate pour les fêtes et les grandes occasions comme le mariage ou .

Une Laotienne portera, pour les fêtes, un chignon haut, tressé avec délicatesse, et où sont suspendues des fleurs et une chaînette en or. Elle se parera aussi d’une chemisette en soie, d’un sinh (jupe droite de ton sobre ou coloré, agrémenté dans le haut et le bas de bandes à dessins géométriques et qui descend jusqu’à mi-jambe) et d’une écharpe en soie dorée.

Amitié et famille

Un Baci familial à Paris (2014)

Un Baci familial à Paris (2014)

Dans ses rapports avec autrui, le ressortissant du Laos investit à fond dans l’amitié vraie. Il la vit intensément en invitant ses amis à la maison autour de plats bien épicés comme le lap (tartare lao), le tam-mak-hung (salade épicée de papaye), et de l’incontournable riz gluant, autres attributs spécifiques aux Lao. Il va également faire des cadeaux à ses amis, il les aidera, se tiendra à leur côté en cas de nécessité (deuil, drame etc.). Pour lui, un ami vrai n’est rien d’autre qu’un autre membre de sa propre famille. L’amitié est décidément sa raison d’être, sa sœur consolatrice comme l’avait si bien dit un grand homme d’Etat asiatique.

Etre Lao ou Laotien, c’est un peu tout cela à la fois. Le sociologue occidental ajoutera que les ressortissants du Laos, qu’ils se trouvent loin de leur terre nationale et toujours le long du Mékong, constituent une topologie à part en Asie. Ils sont le symbole vivant de la gentillesse, de la fidélité et de l’amitié vraie !

Le père Marcello Zago, qui a passé plusieurs années au Laos en tant que missionnaire, de 1959  1965 puis en 1971, et vécu dans toutes les régions de la belle terre lao, a résumé ainsi les caractères des lao:

« Doux, gai, aimable, qui ne veut ni offenser ni être offensé. Pour le Lao, la réputation, le renom, c’est-à-dire être reconnu, accepté, considéré, comptent parmi les biens kes plus importants, ce que traduit l’expression « acquérir de la face » ou « conserver la face » ; le contraire, « perdre la face », équivaut à ruiner un homme, lui faire perdre sa position et sa personnalité. Timide ou discret, il s’ouvre seulement avec celui qui le met en confiance. La colère de l’autre le trouble et le détache ; une offense ou une punition restent pour toujours dans son esprit et dans son cœur. L’on pourrait dire que le Lao est extraverti, comme un radar qui réagit devant les sentiments des autres et s’y adapte. Il est d’une grande tolérance par rapport aux croyances et aux pratiques d’autrui. Pour lui, chaque religion est bonne. »

(Rites et cérémonies en milieu bouddhiste lao, Universita Gregoriana Editrice Roma – 1972)

Une foifure laotienne pour un maraige traidtionnel à Paris (Mai, 2012)

Une coiffure laotienne pour un maraige traidtionnel à Paris (Mai, 2012)

A propos laosmonamour

ເກີດຢຸ່ບ້ານມ່ວງສູມ ເມືອງທ່າແຂກ ແຂວງຄໍາມ່ວນ ໄດ້ປະລີນຍາ ຕຣີແລະໂທ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Robert-Schumann (Strasbourg) ແລະ ປະລີນຍາເອກ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Paris-Sorbonne, Paris IV Travaille à l'AFP Paris après une licence et une maîtrise à l'école de journalisme de Strasbourg (CUEJ - Robert-Schumann) et un doctorat au CELSA (Paris-Sorbonne)
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2 commentaires pour Laos. L’art d’être Lao (ajoute le caractère lao vu par Marcel Zago)

  1. Pakking dit :

    # Pas mal comme (Profil) #

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