Laos-France. A la recherche d’une identité (perdue)

Après plus d’un an d’attente, d’anxiété, de fausses joies, d’inquiétudes non fondées et d’immenses espoirs aussi, me voilà désormais citoyen français. Paradoxalement cependant, je n’éprouvais aucun sentiment particulier quand j’avais enfin reçu la lettre officielle, aux armes de la République française, attestant de ma nouvelle citoyenneté. Ni joie, ni regret, ni amertume et encore moins de fierté…

« A acquis la nationalité française » est-il écrit en caractères gras juste au-dessus de mon nom. Je relisais une fois, deux fois, encore et encore comme si je ne parvenais pas à croire ce que j’avais devant mes yeux écarquillés. Comme si je venais d’assister à l’arrivée sur terre d’extra-terrestres…

Etre Français, et après…

A dire vrai, je ne me voyais pas du tout Français ! Certes, ma nouvelle nationalité me permettrait d’obtenir des postes en rapport avec mes diplômes, mais jusque là interdits pour des raisons purement administratives, comme aimaient à me répondre les DRH auxquelles j’adressais mes lettres de candidature. Elle devrait aussi me faciliter  mon intégration sociale dans mon nouvel espace de vie et de travail sans avoir à renier mes origines culturelles.

Me voilà donc Français, et après ? Après ? La question tomba, lourde, inexorable comme un couperet sur le cou d’un condamné à mort. Menaçante et inquiétante dans le meilleur des cas.

Menaçante parce que je sais pertinemment qu’il me sera toujours impossible d’être tout à fait comme mes compatriotes français, de me sentir Français dans mon âme et dans mes tripes. Mon physique, mon teint, mes registres de valeurs, ma mentalité… Tout chez moi se révèle différent. Je ne partage, en fait, qu’une seule et unique chose avec mes concitoyens français : la nationalité !

Enfants, parents…

Deux exemples parmi une multitude. Comment pourrais-je accepter que mes enfants volent de leurs propres ailes socialement, sexuellement sans avoir à répondre de leurs actes sur le plan financier dès leurs 18 ans ? Majorité civile, me rétorqueront les esprits libéraux ou soi-disant progressistes. Que font-ils alors de la responsabilité civile et sociétale des jeunes ?

Et comment me serait-il possible de considérer mes propres parents d’un certain âge comme de pauvres gens, des personnes indésirables, qu’il faut cacher dans des hospices. Qu’il faut écarter de la société sous prétexte qu’ils sont trop vieux ? L’idée m’est tout simplement insupportable, inadmissible ! Inhumaine !

Malgré les contraintes et les difficultés de la vie moderne, je crois sincèrement qu’il est possible de les garder sous le même toit que nous. Ils représentent nos racines, notre histoire vivante, les êtres sans lesquels nous ne serions jamais arrivés sur terre. Ils constituent une partie de nous-mêmes.

Certes, leur présence impliquerait plus de sacrifices de notre part avec moins de loisirs et de libertés, mais avec davantage de responsabilités et de partage. Mais la vie, notre vie à tous, serait tellement plus humaine, plus fraternelle. Et par-dessus tout, nous aurions apporté un sens nouveau à notre existence, fait de reconnaissance et de partage.

Parallèlement, la hantise de la vieillesse disparaîtrait puisque nous savions qu’elle ne serait plus synonyme de maisons de retraite, ni d’hospices et encore moins d’oubli.

Après tout, vivre une vie heureuse, harmonieuse, ne devrait pas signifier uniquement travailler, encore travailler pour gagner de l’argent, toujours plus d’argent, tout en négligeant l’essence même de la vie humaine : l’amour du prochain et des parents, la compassion, la fraternité et la solidarité.

Arriviste sans moralité

Inquiétante aussi parce que mes anciens compatriotes lao risquent de ne pas me comprendre, de me considérer comme un simple ingrat, un renégat ! Je cours alors le risque d’être rejeté par la communauté lao avec laquelle je partage les mêmes traditions, la même culture et les mêmes valeurs. A leurs yeux, je ne serais ni plus ni moins qu’un arriviste sans moralité, prêt à brader mon âme, ma qualité de Lao contre quelques avantages matériels sans commune mesure avec l’importance de mon identité culturelle traditionnelle.

Finalement, je risquerais de me retrouver en porte-à-faux vis-à-vis des deux communautés. A bien y réfléchir, cette fable pleine de moralité me revint  à l’esprit.

Il était une fois, un corbeau amoureux d’une paonne. Il se mettait alors  à chercher de belles plumes de paon pour les assembler par-dessus son propre plumage afin de se fondre dans sa communauté de circonstance. Fier et confiant, il se pavanait parmi ses nouveaux congénères. Mais l’intrus fut vite mis à nue et pourchassé sans relâche par les vrais paons. Le malheureux corbeau, conscient un peu tardivement de son erreur, décida de retourner dans sa communauté d’origine après avoir pris soin d’enlever ses fausses plumes. Il fut cependant repoussé avec vigueur et contraint d’aller vivre seul, malheureux et sans amis pour le restant de ses jours.

J’ai vraiment peur que, à l’instar de ce corbeau ambitieux et oubliant trop vite ses origines, je serais condamné à subir les moqueries et l’indifférence de mes compatriotes des deux communautés. Alors, faut-il devenir Français pour une meilleure intégration et une plus grande réussite sociales ? Ou alors, faut-il rester Lao avec les inconvénients d’un non-Français ?

To be or not to be. That is the question… Ce cher Shakespeare avait tout compris avant tout le monde!

A propos laosmonamour

ເກີດຢຸ່ບ້ານມ່ວງສູມ ເມືອງທ່າແຂກ ແຂວງຄໍາມ່ວນ ໄດ້ປະລີນຍາ ຕຣີແລະໂທ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Robert-Schumann (Strasbourg) ແລະ ປະລີນຍາເອກ ຈາກມະຫາວິທຍາໄລ Paris-Sorbonne, Paris IV Travaille à l'AFP Paris après une licence et une maîtrise à l'école de journalisme de Strasbourg (CUEJ - Robert-Schumann) et un doctorat au CELSA (Paris-Sorbonne)
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